Procès des parents d'Inaya à Melun: « Ils cherchent chacun un moyen de s'en sortir »

JUSTICE Bushra Taher Saleh, 29 ans, et Grégoire Compiègne, 26 ans, répondent tous les deux de la mort de leur fillette de 20 mois devant la cour d'assises de Seine-et-Marne...

Jane Hitchcock

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Les pièces à conviction seront présentées au jury populaire la semaine prochaine.
Les pièces à conviction seront présentées au jury populaire la semaine prochaine. — J. H.

Les larmes ont déjà bien coulé sur ses joues, lorsque Bushra Taher Saleh, 29 ans, annonce qu’elle n’est pas responsable de la mort de sa petite Inaya, 20 mois, découverte enterrée en forêt de Fontainebleau le 23 janvier 2013, sur ses propres indications. Le ton est très ferme, quand Grégoire Compiègne, 26 ans, affirme lui aussi qu’il n’a rien à voir avec le décès de sa fillette. Ni l’un ni l’autre, assurent-ils à tour de rôle devant la cour d’assises de Seine-et-Marne ce vendredi, n’ont battu jusqu'à la mort leur enfant. Mais tous les deux, ils l’ont reconnu, ont caché sa disparition aux services sociaux qui la suivaient et son corps, pendant un an. « Pour ne pas aller en prison », ont-ils dit.

« On ne va pas aussi loin, dans la cruauté envers un enfant »

Encadrés par les gendarmes et à bonne distance l’un de l’autre dans le box des accusés, ils ont déjà effectué près de trois années de détention provisoire. « Ce n’est pas une affaire dont on a la charge tous les jours. En général, on ne va pas aussi loin, dans la cruauté envers un enfant. Que les parents l’enterrent en forêt, c’est particulier… », note le commandant de police qui a dirigé les investigations sur la disparition d’Inaya. D’après l’officier, la petite fille serait décédée entre novembre et décembre 2011. Pour le médecin légiste, elle aurait été battue de manière régulière, jusqu’à ce qu’elle en meurt. Et, selon l’accusé, c’est son ex-compagne, qui est à l’origine de ces violences habituelles.

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« Elle ne supportait pas que sa fille ne l’appelle pas maman »

« Ma fille a été placée à l’âge de trois semaines et on nous l’a rendue un an plus tard. Je ne l’ai pas encaissé. Madame non plus… elle ne supportait pas que sa fille ne l’appelle pas maman », estime Grégoire Compiègne, déjà condamné pour des violences commises sur son fils aîné, alors qu’il était âgé d’un an. Cet état de récidive légale, d’ailleurs, lui fait encourir dans ce procès la peine maximale prévue par la loi : la réclusion criminelle à perpétuité. « La pire chose qui me soit arrivée dans ma vie, c’est la mort d’Inaya. J’ai failli à mon rôle de père », répond-il systématiquement.

Elle décrit un homme « violent et manipulateur »

Bushra Taher Saleh, elle aussi, impute le décès de sa fille à cet homme « violent et manipulateur », selon elle. « Je travaillais tout le temps, lui non. Il gérait mon salaire et ne me donnait rien, alors qu’il allait chez le coiffeur toutes les semaines, s’achetait des vêtements de marque et du matériel hi-fi… » L’accusée se décrit comme une femme battue, sous l’emprise d’un homme qu’elle a aimé durant les six premiers mois de leur histoire, avant qu’elle ne tombe enceinte et qu’il ne montre un autre visage.

Qui frappait régulièrement Inaya ? « Ils cherchent chacun le moyen de s’en sortir », dira la directrice d’enquête, qui a eu à entendre leurs mensonges respectifs en garde à vue… Avant que la mère ne craque, et révèle l’endroit où elle et son ex-compagnon avaient enterré le corps. Les débats vont encore se poursuivre pendant une semaine.