Melun: Le procès de la mort tragique d'Inaya, 20 mois, «est emblématique»

JUSTICE Les parents de cette enfant découverte enterrée dans des sacs-poubelles en forêt de Fontainebleau sont jugés devant la cour d'assises de Seine-et-Marne...

Jane Hitchcock

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Devant la cour d'assises de Melun (photo d'illustration).
Devant la cour d'assises de Melun (photo d'illustration). — NIKO/SIPA

L’affaire est aussi sordide que celle de Marina ou encore celle de Bastien. Le corps de la petite Inaya, 20 mois, a été découvert le 23 janvier 2013 en forêt de Fontainebleau. Enterrée dans des sacs-poubelles. A quelques centaines de mètres de la maison qu’elle était censée habiter avec ses parents. Poursuivis pour violences habituelles ayant entraîné la mort de leur enfant, ces derniers sont jugés depuis jeudi devant la cour d’assises de Seine-et-Marne, à Melun.

« Ce que nous dénonçons, c’est un système »

« Compte tenu des événements qui se sont produits jeudi matin au tribunal [un avocat a tiré sur le bâtonnier, porte-parole de son barreau, avant de retourner l’arme contre lui]… l’audience ne reprendra que vendredi », indique à 20 Minutes Me Marie Grimaud, représentante d’Innocence en danger, l’une des associations parties civiles au procès. L’enjeu, pour ces nombreuses organisations de protection de l’enfance ? « Que les responsabilités soient clairement identifiées. Même si l’avocat général a rappelé que ce procès, emblématique, était celui des parents de la petite Inaya et non celui des institutions, ce que nous dénonçons, nous, c’est un système », témoigne Christine-Djamila Allaf, secrétaire générale d’Innocence en danger.

Les enfants avaient été placés en 2010

Ce vendredi matin, les magistrats devraient d’abord répondre à la demande des avocats : ils veulent entendre la juge des enfants qui suivait Bushra Taher Saleh, 29 ans aujourd’hui, et Grégoire Compiègne, 27 ans, les parents d’Inaya. C’est qu’un mois après sa naissance en avril 2010, la petite avait été placée en famille d’accueil comme son grand frère, victime de mauvais de traitements. Seize mois plus tard, ils avaient tous deux été rendus à leurs parents, « stabilisés » selon les services sociaux, accusés de ne s’être plus souciés ni du grand frère, ni de la petite sœur…

Silence total pendant… un an

Il faudra attendre janvier 2013 et le signalement d’une institutrice pour que l’Aide sociale à l’enfance fasse une visite au domicile familial et constate l’arrivée dans la famille d’un troisième enfant ainsi que… l’absence d’Inaya, dont plus personne n’avait entendu parler pendant… un an. Ce, alors qu’en 2012, la famille bénéficiait d’une mesure d’aide éducative, donc d’un suivi.

Mis en examen et placés en détention provisoire, durant l’instruction, Bushra Taher Saleh et Grégoire Compiègne n’ont pas cessé de se rejeter la responsabilité de la mort de leur fille, due à un traumatisme crânien, lui-même provoqué par un probable contexte de violences habituelles, d’après les médecins légistes. Décrite comme « soumise » et « effacée » en présence de son compagnon, la mère de famille risque pourtant, comme le père de ses enfants, une peine maximale de 30 ans de réclusion criminelle.