Paris: Dix arrondissements noyés sous les déchets

REPORTAGE Depuis lundi, un mouvement de grève chez les éboueurs de la ville de Paris perturbe la collecte des déchets sur la moitié de la capitale…

Fabrice Pouliquen

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Ce jeudi après-midi, la rue Joubert(9e) croulait littéralement sous les déchets.
Ce jeudi après-midi, la rue Joubert(9e) croulait littéralement sous les déchets. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Cette semaine, Paris décroche le titre de la poubelle ville du monde. Dans les 2e, 5e, 6e, 8e, 9e, 12e, 14e, 16e, 17e et 20e arrondissements, les dix de la capitale dont la collecte des déchets est assurée par la ville de Paris, les éboueurs sont en grèves depuis lundi. Et ça commence à se voir. « C’est abusé », glisse même ce jeudi midi un passant dans la rue Joubert, dans le 9e en voyant le monticule de poubelles s’agglutiner à deux pas de restaurants. Rue de Clichy, dans le même arrondissement, il n’était même plus possible de s’asseoir sur un banc, recouvert de sacs de poubelles.

 

3.000 tonnes de déchets non collectés

Pas très ragoûtant tout ça. Depuis lundi, « ce sont 3.000 tonnes de déchets qui n’ont pas pu être collectés », évalue Mao Péninou, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la propreté. Mais les commerçants rencontrés ce jeudi après-midi ne cèdent pas encore au catastrophisme. « Pour l’instant ça va, indique-t-on dans un restaurant de la rue Montorgueil (2e). Une collecte a même eu lieu ce jeudi matin. » Même constat pour Françoise, gérante de Ma Mie Sandwich, rue de Clichy. Elle aussi a vu un camion-benne d’une entreprise privée ramasser les ordures aux abords de son restaurant. « C’était mercredi, précise-t-elle. Il n’y a pas encore d’impacts sur notre clientèle. On est encore loin de la situation atteinte à Marseille [en janvier 2015]. » Ou à Naples à plusieurs reprises.

« Mais bien sûr, il ne faudrait pas que la situation perdure », s’empresse d’ajouter Coline, épicière dans la rue Moncey, où les éboueurs n’ont pas été vus depuis samedi dernier. Régis Vieceli, secrétaire général de la CGT-Nettoyage, tout comme Emmanuel Grégoire, adjoint d’Anne Hidalgo chargé des ressources humaines, et Mao Péninou, affirment y travailler. Tous trois se disent être ouvert au dialogue social et multiplient les rencontres ces derniers jours.

Les promotions, le point d’achoppement

Mais il restait un point d’achoppement ce jeudi après-midi : l’avancement de carrière. La CGT-Nettoyage estime que les que les ratios de promotions sont trop faible. « Pour les éboueurs, le ratio est actuellement de 25 %, explique Régis Vieceli. Ce qui veut dire que sur 1.000 agents qui réunissent les conditions d’ancienneté pour être promu, seulement 250 décrochent cette promotion. Ce ratio doit passer à 100 %. » Impossible, répond Emmanuel Grégoire. « C’est insoutenable pour les finances publiques et ça ne correspond pas à la philosophie des augmentations qui doit prendre aussi en compte le mérite. » L’adjoint d’Anne Hidalgo rappelle qu’un agent sur deux a bénéficié en 2014 d’une augmentation.

Une réunion qui n’en finit plus

A l’heure où nous publions ces lignes, la réunion était toujours en cours et ne laissait filtrer aucune information. Faut-il craindre un enlisement du conflit ? Ce ne serait pas le premier cas à Paris. Un mouvement de grève des agents municipaux dans les équipements sportifs a paralysé chaque dimanche pendant un an bon nombre de piscines de la capitale avant de prendre fin en juillet dernier.

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Sur la collecte des déchets, la situation deviendra tout de même rapidement ingérable. « Le risque est de voir sortir très vite les rongeurs », s’inquiètent des commerçants de la rue Joubert. Mardi déjà, la ville a fait appel à des entreprises privées pour collecter les déchets dans les arrondissements touchés par la grève. « Depuis ce jeudi, le stock des déchets non-ramassés à commencer à baisser », assure Mao Péninou. Il reste tout de même de nombreux points critiques. Les petites rues du 9e arrondissement pour ne citer qu’elles.