Paris: 68 euros pour un mégot jeté par terre, «cela va gâcher des journées»

AMENDES A compter de ce jeudi 1er octobre, un mégot jeté par terre vous coutera 68 euros si vous vous faites pincer par l’un des 96 inspecteurs de salubrité de Paris…

Fabrice Pouliquen
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Rodolphe et Patrice, agents d'insalubrité à la ville de Paris, ont attrapé Mathieu, rue Kléber mardi 29 octobre, en train de jeter son mégot par terre. L'homme s'en tire avec une amende de 68 euros... pour du beurre.
Rodolphe et Patrice, agents d'insalubrité à la ville de Paris, ont attrapé Mathieu, rue Kléber mardi 29 octobre, en train de jeter son mégot par terre. L'homme s'en tire avec une amende de 68 euros... pour du beurre. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Jettera ou ne jettera pas ? D’une certaine façon, le job de Rodolphe et Patrice s’apparente à un jeu. Le duo fait partie des 96 inspecteurs de salubrité que compte la ville de Paris. Habillés en civil, ils sillonnent le 16e à l’affût de la moindre incivilité qui salirait les rues de leur arrondissement. Déjection canine, pipi contre le mur, dépôt sauvage de déchet et puis, depuis septembre, les mégots de cigarettes jetés par terre.

« Dans un groupe, il y a toujours un fumeur pour jeter son mégot par terre »

Il va falloir s’y faire à Paris. A compter de ce jeudi 1er octobre, tout fumeur surpris à jeter négligemment son mégot sur le trottoir s’expose à une amende de 68 euros. Voire même 180 euros si elle n’est pas payée dans les bons délais.

Les amendes risquent de pleuvoir à en juger par les premières constatations des deux agents de salubrité. Depuis septembre, ils font de la prévention sur cette nouvelle mesure et distribuent des fausses amendes aux fumeurs négligents. « Nous nous postons à proximité de fumeurs et nous attendons tranquillement qu’ils finissent leur cigarette », raconte Rodolphe. Et si un seul mégot est jeté par terre, le duo intervient en sortant ses cartes d’agent d’insalubrité de la ville. « Soit pratiquement à chaque fois, constate Patrice. Dans un groupe de fumeurs, il y en a toujours un qui jette sa cigarette par terre ».

L’argument du manque de poubelles ne tiendra pas

Une statistique qui se vérifiait mardi aux abords d’un centre d’affaires à deux pas de la place du Trocadéro. James, Mathieu et Maëva figuraient dans les attrapés du jour. « Je ne savais pas », « oui, mais il n’y a pas de poubelles de rue », « j’étais pressée, une réunion m’attendait »… Les excuses ne sont jamais les mêmes. Jeudi, les Parisiens pourront difficilement dire qu’ils n’étaient pas au courant. « La campagne de communication a été de grande ampleur et nous sillonnons tous les arrondissements de la capitale depuis un mois pour faire de la sensibilisation », explique Muriel Bernardin, cheffe du service Centre d’action pour la propreté de Paris (CAPP).

L’argument du manque de poubelles de rues ne prendra pas non plus. « 30.000 corbeilles ont été installées avant l’entrée en vigueur de la mesure. Toutes équipées de cendrier, poursuit Muriel Bernardin. Cela fait une poubelle tous les 100 mètres à Paris. »

« Cela va gâcher des journées »

Mardi, les rappels à l’ordre étaient encore pris avec le sourire. Des PV pour du beurre cela aide, il faut le dire. Mais seul Mathieu fera réellement amende honorable sans discuter : « J’habite une partie de l’année en Chine et à Los Angeles, où le jet de mégots dans le caniveau est déjà interdit. Et c’est une bonne mesure : on finit par prendre la bonne habitude. » Muriel Bernardin n’en espère pas moins : « Un focus similaire avait été fait à Paris en 1992 sur les crottes des chiens. Aujourd’hui, les ramasser est devenu un réflexe pour de nombreux propriétaires. » Le montant des amendes devrait aider. « 68 euros, c’est sûr, cela va gâcher des journées », anticipe déjà Maëva.