« Nous avons trouvé des charniers dans tous les villages »

©2007 20 minutes

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Qu'est-ce qui vous a conduit à mener ces recherches ?

C'est l'histoire de mon grand-père, qui a été enfermé dans un stalag à la frontière russo-polonaise de l'époque. J'ai voulu en savoir plus et je me suis rendu sur place, pour la première fois en 1997. J'ai vu les fosses soviétiques. Mais dans le village où était mon grand-père, le maire m'a dit qu'il ne savait rien. Je n'y croyais pas : un village de 8 000 habitants où des milliers de Juifs auraient été fusillés, sans que personne ne s'en souvienne ? Et puis, il y a eu un nouveau maire. Il a réuni une centaine de témoins et m'a montré la fosse. Ensuite, dans tous les villages où nous sommes allés, les gens nous ont parlé. Ce sont les pauvres qui racontent. Je pense qu'ils se sentent en fraternité d'injustice avec les Juifs.

Pourquoi ce pan de la Shoah est-il resté si longtemps dans l'ombre ?

A cause du mur de Berlin. Il n'y avait pas d'accès libre aux archives à l'Est. Aujour­d'hui, on rencontre beaucoup de personnes dans ces villages, qui attendaient qu'un jour, quelqu'un vienne les écouter. Ils n'en parlaient pas d'eux-mêmes car c'est un événement traumatisant. Ils fondent d'ailleurs très vite en larmes.

Où en êtes-vous de vos recherches ?

Il n'y a pas un village où nous soyons allés où il n'y ait pas de juif sous terre. Avec mon équipe, composée
de 11 personnes, nous estimons qu'il y a 2 500 sites de fusillades. Nous en avons déjà trouvé 600. Je pense que pour l'Ukraine, nous avons encore trois ans de travail devant nous. Mais les mêmes recherches pourraient êtres menées en Russie, en Biélorussie, en Roumanie, dans les pays baltes et en Pologne : Le grand rabbin de Varsovie pense que 15 % des Juifs polonais ont été fusillés. Les camps d'extermination n'ont pas empêché les unités mobiles de poursuivre parallèlement le génocide par balles jusqu'à la fin de la guerre.