Tensions après une mort dans un fourgon

VIOLENCES Echauffourées après la mort d'un jeune dans un fourgon de police...

©2007 20 minutes

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Lassana Dieng reste calme, mais sa voix laisse percer une sourde colère. Il y a trois semaines, son petit frère, Lamine est mort à l'âge de 25 ans, en pleine nuit, dans un fourgon de police. « Et on ne sait toujours pas ce qui s'est réellement passé. »

Dans le quartier dit de «La Banane», rue des Amandiers (20e), la tension monte. Vendredi, après un rassemblement en hommage à Lamine qui a réuni dans le calme quelque 300 personnes place Gambetta, quelques jeunes s'en sont pris aux forces de l'ordre à l'angle du boulevard Belleville et de la rue Oberkampf (11e). Trois policiers ont été légèrement blessés. Dans la nuit de dimanche à lundi, quatre à cinq jeunes s'en sont pris à un véhicule de police en patrouille rue Sorbier (XXe) en jetant un engin incendiaire dans sa direction.

«Ici, on a tous subi des contrôles de police musclés»

«Les plus jeunes ne comprennent pas pourquoi l'enquête n'avance pas», explique Lassana, qui ne les «excuse pas» mais «les comprend». Un ancien habitant du quartier explique : «Ici, on a tous subi des contrôles de police musclés. Alors, forcément, on doute de leur version.»

Le 17 juin, Lamine se dispute avec une femme dans une chambre de l'hôtel Nadaud (20e). La police est alertée. Quand elle arrive sur les lieux, Lamine est en bas, pieds nus, à cran. Les agents le maîtrisent avec des liens de contention, puis le placent dans son fourgon. Il y meurt quelques instants plus tard d'un arrêt cardiaque. «Il n'avait pourtant aucun souci de santé», assure son frère. Selon le parquet, «on a retrouvé des stupéfiants lors d'une perquisition chez Lamine Dieng». Lassana dément, pense que son frère n'a jamais pris de drogue. Puis il explique : «La police des polices nous a d'abord assuré qu'il était mort d'une overdose.»

«Mais combien de temps leur faut-il?»

Hier pourtant, le parquet déclarait toujours attendre les résultats de l'analyse médicale. «Mais combien de temps leur faut-il?», s'emporte Lassana. «Le corps de mon frère est toujours à l'Institut médico-légal alors que chez les musulmans, il faut enterrer vite.» L'avocat de la famille, Antoine Ricard, s'interroge: «Les parents de Lamine n'ont été prévenus que trente-six heures après sa mort. La police du quartier le connaissait et l'avait donc forcément identifié. Alors pourquoi un tel délai?» La famille attend qu'un juge d'instruction soit nommé pour avoir accès au dossier. Mais pour l'instant, le parquet minimise: «Une enquête est en cours. Mais la police semble avoir fait son travail convenablement.»

Selon le parquet, les résultats d'une première autopsie démontrent qu'aucun coup n'a été reçu par la victime. La femme avec qui Lamine passait la nuit a, elle, dû resté quelques jours à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil.