A Colombes, la ferme urbaine devra céder sa place à un parking

AGRICULTURE URBAINE Ainsi l’a décidé la municipalité. « Et dire que Paris s’apprête à recevoir la Cop 21 », fulminent les bénévoles qui faisaient vivre cet écrin de verdure coincé entre les immeubles de la rue Michelet…

Fabrice Pouliquen

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L'agrocité de la rue Jules-Michelet à Colombes est menacé de disparition pour être remplacé par un parking.
L'agrocité de la rue Jules-Michelet à Colombes est menacé de disparition pour être remplacé par un parking. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Le dossier fait un peu tache à quelques semaines de l’ouverture de la Conférence pour le Climat (Cop 21) qui réunira 40.0000 personnes, dont au moins une cinquantaine de chefs d’Etat, au Bourget pour réfléchir à l’avenir de la planète. Mais à 17 km de là, à Colombes, la municipalité veut rayer de la carte l’Agrocité, un coin de verdure qui égaie depuis 2012 le quartier Fossés-Jean.

D’ici le 30 septembre, la ferme urbaine devra avoir rendue la parcelle à la municipalité des Hauts-de-Seine. Contactée par 20 Minutes, celle-ci assume son choix. « La convention qui liait le projet à cette parcelle se termine à la fin du mois et nous avons décidé de ne pas la renouveler, explique Jérôme Besnard, chef du cabinet de la maire LR Nicole Goueta. Ce projet était porté par l’ancienne municipalité [de gauche] et n’était plus compatible avec le renouvellement urbain du quartier que nous menons actuellement. »

Parking vs fruits et légumes

Bye-bye donc la ferme urbaine. « A la place, le projet est de créer un parking », fulmine Constantin Petcou, cofondateur de l’association Atelier d’architecture autogérée (AAA) à l’initiative de cette Agrocité. Provisoire, le parking, précise Jérôme Besnard. « Nous allons refaire le patio d’un ensemble d’immeubles de la rue Jules-Michelet. Les travaux s’étaleront sur deux ou trois ans et impliqueront la fermeture d'un parking souterrain, le seul aujourd’hui disponible pour les habitants .»

C’est bien dommage. Car, rue Jules-Michelet, la terre s'était révélée être de très bonne qualité. Cette saison encore, les bénévoles y ont fait pousser des carottes, des artichauts, des radis, des salades, des raisins et des fleurs en tout genre. « En 2013, nous avions même atteint les 200 variétés cultivées», note amer Benoît, un des responsables de l’Agrocité.

«Ici, c'est du concret»

Cette Agrocité ne se résume pas non plus aux quantités produites. Sur les 3.000 m², « il y a un jardin partagé avec une quarantaine de parcelles gérées par des habitants du coin, une zone maraîchère cultivée collectivement et dont la production bio est régulièrement vendue à des prix très abordables aux Colombiens, un jardin pédagogique, ou encore le coin de l’Ecole du compost, une association qui mène des opérations de sensibilisation au compostage », liste Lyne, une bénévole active.

Ajoutez à cela des conférences fréquentes, des repas associatifs chaque semaine, des brocantes, des fêtes, des ateliers d’apiculture, de recyclage…« Ici, c’est du concret, poursuit Constantin Petcou. Il s'agit d'un vrai laboratoire où l’on expérimente des façons de gérer nos déchets, de réduire la pollution, de faire de l’agriculture urbaine… On ne luttera pas contre le changement climatique seulement à partir d’accords globaux entre Etats, chacun doit agir à son échelle... »

Colombes saisira la justice si besoin

Il n'y avait pas que Constantin Petcou à croire aux bienfaits de cette agrocité. Le projet a obtenu des subventions d’un programme européen, a suscité des articles du Guardian et du New York Times, et a été exposé à la Biennale d’architecture de Venise ou au MoMA de New York. Rien y fait, « le manque de places à Colombes ne nous laisse pas le choix: le parking ne peut se faire que là, précise Jérôme Besnard. Peu de Colombiens se sont levés contre notre décision. »

A l’Agrocité, on continue tout de même de bêcher et de planter de nouveaux fruits et légumes. Une pétition a aussi été lancée pour trouver au moins un autre emplacement à Colombes et a récolté à ce jour 3.000 signatures.