Incendie rue Myrha: L’horreur racontée par les premiers témoins

REPORTAGE Le quartier de la Goutte d’or est sous le choc après l’incendie sans doute d'origine criminelle qui a fait huit morts dans la nuit...

Fabrice Pouliquen
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La rue Myrha était loin d'avoir retrouvé son calme ce mercredi matin.
La rue Myrha était loin d'avoir retrouvé son calme ce mercredi matin. — 20minutes/F.Pouliquen

C’est une petite rue au cœur du quartier de la Goutte d’or. « Tranquille, sans trop histoire malgré quelques trafics de drogue », décrivent ceux qui y habitent. « Quelques bagarres parfois, certes, lance Mohammed qui habite le 11. Mais rien de comparable à ce qui s’est passé cette nuit. »

« Le temps qu’on descende, il y avait déjà deux corps à terre »

Car la rue Myrha sera désormais tristement connue comme le théâtre d’un des plus graves incendies des dix dernières années à Paris. Huit morts, dont deux enfants. Les premiers mots de Norman, 25 ans, qui habite le 3 de la rue Myrha, juste en face de l’immeuble incendié, font froid dans le dos. « J’ai été réveillé vers 4h30 par les cris, raconte-t-il encore sous le choc. C’était terrible. Les gens passaient la tête aux fenêtres pour trouver un peu d’air. J’ai vu aussi deux personnes se jeter par la fenêtre. On essayait tous d’appeler les pompiers. »

Même regard hagard, ce mercredi matin, pour Olivier et sa fille Marta, eux aussi voisins de l’immeuble sinistré. « On voyait les flammes surgir de la cage d’escalier. Le temps qu’on descende, il y avait déjà deux corps à terre. Depuis, on erre dans la rue dans l’attente de pouvoir regagner notre appartement. » Cela sera chose faîte vers 8h30.

« Une rue loin encore d’avoir retrouvé son calme »

La rue Myrha est encore loin d’avoir retrouvé son calme. Sur la centaine de pompiers intervenus cette nuit, une trentaine de pompiers s’activaient toujours à 10h pour « déblayer les lieux, éviter tout nouveau départ d’incendie et sécuriser la cage d’escalier de l’immeuble incendié qui menace de s’effondrer à tout moment », détaille le commandant Plus, porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris.

Mais il n’y a pas que les pompiers à s’activer au 4 rue Myrha ce mercredi. La brigade criminelle de la police de Paris est déjà aussi sur place. Signe que l’origine du sinistre ne semble guère faire de doute. « L’incendie criminel est l’une des hypothèses sérieusement envisagée, déclare sans détour Pierre-Henry Brandet, porte-parole du ministre de l’Intérieur. Pour la simple et bonne raison que les pompiers sont intervenus à deux reprises à la même adresse dans la nuit. » Les soldats du feu étaient en effet intervenus deux heures plus tôt, à 2h23. « Il s’agissait d’un feu de papier dans le hall d’immeuble rapidement maîtrisé », précise le commandant Plus, porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris.

Incendie de la rue #Myrha : un registre de condoléances est disposé dans le hall de la mairie du 18e #Paris18 pic.twitter.com/cRzIKWGpV3
— Dixhuitinfo.com (@Dixhuitinfo) September 2, 2015

Le drame aurait-il pu être évité ?

Sous le choc, les témoins du drame ne s’interrogeaient pas uniquement sur les origines du sinistre ce mercredi matin. Passionné de photographies, Mathias, habitant de la rue Affres juste à côté, était en « reportage » dans la rue à l’heure du premier sinistre à 2h20. « Je suis encore sous le choc, c’est le cœur qui parle ce mercredi matin. Ce que je sais, c’est que les pompiers ont rapidement maîtrisé le premier départ de feu. En dix minutes, ils étaient repartis. Mais entre 2h20 et 4h30, heure du deuxième incendie, je n’ai pas vu une seule voiture de police circuler dans la rue. » Mathias s’étonne aussi du délai d’intervention qu’il a fallu aux pompiers pour intervenir sur les lieux. Sur ce point, il est rejoint par Norman : « L'attente était interminable. L’incendie a dû commencer vers 4h20. Mais il me semble que les premiers pompiers ne sont pas arrivés avant 5h. »

Une version démentie par le commandant Plus. Pierre-Henry Brandet tempère lui aussi : « Dans ce genre d’événement, il est acté que les témoins multiplient par trois, de façon involontaire bien sûr, le délai d’intervention des secours ».