VIDEO. Tout comprendre à la polémique «Tel Aviv sur Seine»

DERCRYPTAGE Dans le cadre de Paris Plages, la mairie de la capitale a choisi de dédier une journée à la capitale économique d’Israël. Une initiative critiquée sur les réseaux sociaux et par certains politiques...

B.D.

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L'opération Paris Plages a débuté le 20 juillet 2015.
L'opération Paris Plages a débuté le 20 juillet 2015. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La polémique a éclaté ce week-end, au coeur de l’été, quand la conseillère de Paris Danielle Simonnet a dénoncé « l’indécence » de la journée « Tel Aviv sur Seine » organisée dans le cadre de l’opération Paris Plages, alors que la situation au Proche-Orient est plus brûlante que jamais. L’élue demande l’annulation de cette journée, voire d’en transformer le thème pour la consacrer à la paix, tandis que de son côté, la mairie de Paris a décidé de maintenir l’événement. 20 Minutes fait le point.

C’est quoi « Tel Aviv sur Seine » ?

Il s’agit d’une journée mettant Tel Aviv à l’honneur dans le cadre de l’opération Paris Plages. Elle doit avoir lieu jeudi. « Dans le cadre de ses partenariats culturels avec les grandes villes du monde, Paris Plages mettra Tel Aviv, à l’honneur l’espace d’une journée : au programme foodtrucks, DJ set, animations ludiques et gratuites », décrit le site internet de l’animation. Cette « journée culturelle et festive » a pour objectif de faire « découvrir la culture, la gastronomie ou les loisirs » de la capitale économique d’Israël.

Pourquoi cette manifestation fait-elle polémique ?

La polémique a démarré sur Twitter, de nombreux internautes critiquant cette initiative, un an après l’opération Bordure Protectrice qui a fait plus de 200 morts à Gaza et quelques jours après la mort d’un bébé palestinien et de son père en Cisjordanie dans un incendie criminel déclenché par des colons extrémistes. Le hashtag #TelAvivSurSeine était ainsi très relayé ce week-end, donnant lieu à des commentaires très agressifs, voire antisémites (que nous ne relaieront pas).

 

Une pétition en ligne créée samedi et demandant l’annulation de l’événement a déjà recueilli près de 12.000 signatures.

Et la polémique est passée au champ politique…

Samedi, la conseillère de Paris Danielle Simonnet a repris cette polémique à son compte dans un communiqué, dénonçant le « cynisme de l’organisation d’une telle journée », « tout juste une année après les massacres sur la bande de Gaza par l’Etat et l’armée israélienne et alors que le gouvernement israélien intensifie sa politique de colonisation avec les drames que l’on connaît ». L’élue du Parti de Gauche déplore qu’« aucun échange avec des Israéliens humanistes n’y est prévu, encore moins un débat sur la situation du peuple palestinien », et exhorte la Maire de Paris, Anne Hidalgo, à annuler la manifestation soit ou à « en modifier radicalement la programmation ».

L’association France Palestine Solidarité (AFPS) a pour sa part adressé une lettre ouverte à Anne Hidalgo, où son président, Taoufiq Tahani, souligne son « incrédulité » et rappelle que « Tel Aviv n’est pas Copacabana et [qu’] il n’est pas possible de faire comme si cela intervenait hors de tout contexte politique ». L’AFPS juge que cette « opération de communication au goût amer » permet à Israël de « faire diversion » et de « redorer son blason ».

L'association CAPJPO-Europalestine (Coordination des appels pour une paix juste au Proche-Orient) a elle appelé ce lundi à manifester «toute la journée» jeudi si cet événement «immoral» et «obscène n'est pas annulé», afin de «dénoncer sur les berges de Paris Plages cette scandaleuse propagande» de l'«Etat terroriste» d'Israël.

Comment réagit la Mairie ?

Dès samedi, elle a annoncé avoir « pris acte de l’agitation sur les réseaux sociaux » suscitée par l’événement. Cependant, elle « n’envisage pas d’annuler cet événement uniquement festif et culturel » en dehors de tout « débat politique », a indiqué dimanche un responsable au Parisien, ajoutant que le dispositif de sécurité serait adapté « à la situation en relation avec la préfecture de Police ».

Bruno Julliard, le premier adjoint de la ville de Paris s'est refusé à envisager d'annuler l'événement. «Nous n'annulerons pas cette manifestation car ce serait donner raison aux plus radicaux», a-t-il maintenu. «Ceux qui prétendent défendre le peuple palestinien et qui en même temps voudraient nous empêcher de discuter avec une ville israélienne qui, dans ses valeurs (...), défend la paix et la tolérance, c'est une erreur de leur part», a-t-il expliqué. Dès dimanche, il avait justifié sur Twitter l’opération.

D’autres politiques ont-ils réagi ?

Dès samedi, l’élue Les Républicains dans les Yvelines Aurore Bergé a critiqué le déferlement de haine sur Twitter.

 

Dimanche, Thierry Mariani (Les Républicains) a pour sa part estimé que cette « polémique ahurissante » était « révélatrice sur l’influence grandissante de certain lobby et sur la montée du communautarisme ».

Ce lundi, c’est Éric Ciotti qui s’est dit sur Europe 1 « scandalisé » par cette polémique « lancée par l’extrême gauche, avec des relents - je le dis très clairement - antisémites ». Il s’est félicité de la fermeté de la maire de Paris, taclant tout de même les « alliances contre-nature » d’Anne Hidalgo.

De leur côté, les élu(e)s du groupe communiste-Front de gauche au Conseil de Paris et les communistes parisiens ont exprimé dans un communiqué leur «consternation» à propos de l'organisation de cette journée, soulignant qu'ils n'en avaient «jamais été associés ou informés». Ils demandent «l'annulation de la journée au profit d'une initiative de la Ville qui contribue à une paix juste et durable entre palestiniens et israéliens».