Mort de Charles Pasqua: Grandeur et décadence dans les Hauts-de-Seine

POLITIQUE L’ancien homme fort des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua, est décédé ce lundi à l’âge de 88 ans…

R.L.

— 

Charles Pasqua, en novembre 2009
Charles Pasqua, en novembre 2009 — CHAMUSSY/SIPA

Un nom, un département. Charles Pasqua, président du Conseil général des Hauts-de-Seine à deux reprises est décédé hier à l’hôpital Foch, dans ce département des Hauts-de-Seine qu’il a « tant marqué de sa présence », annonce ce mardi le département dans un communiqué précisant qu’un hommage sera rendu aujourd’hui à 14 heures par Patrick Devedjian, député et président du Conseil départemental à Nanterre. Car l’homme de droite décédé à 88 ans a longtemps été un pilier du 9-2.

Le département : Son laboratoire

Charles Pasqua y débarque en 1968 quand il est élu député de l’Union pour la défense de la République (UDR) puis, très vite, il prend la tête du département de 1973 à 1976. Il en fait alors son laboratoire. En effet, il a été précurseur de ce qui fut plus tard appelé la politique de la ville, avec le « Pact 92 », rappelle le Parisien. Soit un vaste programme de requalification de grands ensembles construits dans les années cinquante, comme les quartiers La Caravelle à Villeneuve-la-Garenne ou Le Luth à Gennevilliers.

Il revient à la tête du département de 1988 à 2004. Lors de ce second mandat, il laissera sa marque principalement dans le quartier de La Défense. Sous son impulsion sera créé le Pôle universitaire Léonard-de-Vinci qui ouvrira dans le tout nouveau quartier du Faubourg de l’Arche en 1995, rapporte le site Internet Défense 92. Cette initiative vaudra à cet établissement d’enseignement supérieur le surnom de « Fac Pasqua ».

« Politiquement, il est à l’origine du rapprochement des centristes et des gaullistes qui ont permis la vague de 1983 dans le département et la conquête de nombreuses villes par la droite » indique au Parisien Hervé Marseille, sénateur-maire (UDI) de Meudon. Mais cette année-là, Charles Pasqua se fait souffler la mairie de Neuilly-sur-Seine par un certain Nicolas Sarkozy, dont il avait contribué à l’ascension et dont il était redevenu proche par la suite.

Affaires et décadences

Marchés truqués, clientélisme, affairisme, cooptation, collusions politiques… Charles Pasqua est aussi associé à ces mots. En 2013, Noël Pons, ancien fonctionnaire à la Direction générale des impôts, et Jean-Paul Philippe, ancien responsable de la brigade anticorruption de la police judiciaire, publiaient « 92 Connection » - indique le Huffington Post - un brûlot à charge contre l’oligarchie politique alto-séquanaise à la tête de laquelle Charles Pasqua a longtemps joué les premiers rôles.

En 2011, il met un terme à sa carrière politique marquée par une part d’ombre liée à ses activités au sein de services d’ordre parallèles, ses réseaux africains et ses démêlés judiciaires. Charles Pasqua était apparu la dernière fois en public le 30 mai pour le congrès fondateur des Républicains.

Cité dans près d’une dizaine d’affaires (financement politique, vente d’armes à l’Angola), il avait été condamné définitivement en 2010 dans deux dossiers : à 18 mois de prison avec sursis pour le financement illégal de sa campagne européenne de 1999, via la vente du casino d’Annemasse (Haute-Savoie), et à un an avec sursis par la Cour de justice de la République (CJR) dans l’affaire des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi (exportation de matériel de sécurité).