Paris: Avec les Boers, la police qui traque les conducteurs UberPop

REPORTAGE Les Boers étaient mobilisés à proximité de la place de l'Opéra, à la veille d'une grève nationale des taxis...

Thibaut Le Gal

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Un membre des Boers traque les Uberpop à Paris.
Un membre des Boers traque les Uberpop à Paris. — T.L.G.

Son regard balaie le défilé régulier des voitures. Habillé en civil, Mamadou veut passer inaperçu. Avec Nino, son collègue de la brigade de contrôle des taxis parisiens, les Boers, il traque le comportement des conducteurs. « On contrôle les taxis, les VTC et les motos qui transportent des personnes pour vérifier si ces véhicules respectent bien la réglementation », indique-t-il.

Une équipe de 14 Boers et trois agents de l’Urssaf étaient ainsi mobilisés mercredi à proximité de la place de l’Opéra à Paris. A la veille d’une manifestation nationale des taxis en colère contre l’application UberPop, le message est clair. Le gouvernement veut montrer qu’il surveille les automobilistes qui s'improvisent chauffeurs et utilisent ce service de transport jugé « illégal ».

« Il faut ouvrir l’œil et le bon »

« Depuis le 1er janvier, nous avons intensifié notre action avec 350 interpellations en région parisienne », indique David Pousset, capitaine de police, responsable de la Compagnie de police routière. « En plus des contrôles quotidiens, nous avons réalisé 115 opérations dans des endroits stratégiques : les aéroports de Roissy et d’Orly, les gares parisiennes, les sites touristiques comme les Champs-Elysées, Montmartre, ou sur des événements comme la semaine de la mode et le salon du Bourget ».

Les conducteurs UberPop encourent des sanctions pouvant aller jusqu’à un an de prison, 15.000 euros d’amende, une suspension du permis et la confiscation du véhicule. Mais sans licence ni vignette, difficile de les distinguer des autres automobilistes. « Il faut ouvrir l’œil et le bon. On les regarde passer au ralenti. On scrute les indices », lance Mamadou. Un téléphone GPS collé au pare-brise, ou même une attitude. « Les clients sont souvent à l’arrière. On regarde aussi si les personnes discutent. Dès qu’on a un doute, on arrête le véhicule et on leur pose les questions, pour voir s’ils se connaissent. En général, les clients ne se mouillent pas pour un conducteur qu’ils viennent de rencontrer ».

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« Quand ils ont pris un client, ils s’effacent du radar »

L’application Uber elle-même est utilisée par les Boers en repérage. « Quand ils ont pris un client, ils s’effacent du radar. Il faut avoir beaucoup de chance pour les retrouver dans la marée de véhicule ». Son collègue l’interrompt. Une BMW avec deux touristes japonais à l’arrière l’a interpellé. « C’est un Uber je pense, il n’a pas de signalitique ».

Quelques minutes de discussion, un coup de fil, et le conducteur avoue. « Ouais, c’est mon premier jour », reconnait le jeune homme en souriant. « Et vous faites connaissance avec les Boers, vous apprenez le métier », ironise Mamadou. Il n’est pas question de UberPop ici, mais d’une absence d’inscription sur le registre VTC. « Ca montre bien qu’on ne cible pas que les UberPop. Les contrôles sont aléatoires », précise Mamadou.

A quelques mètres de là, des policiers se félicitent d’avoir attrapé un taxi clandestin. « Le conducteur est emmené par les policiers pour être auditionné. La procédure sera ensuite transmise au parquet », explique le capitaine Pousset. Après quatre heures d’opération, 13 infractions ont été relevées, dont 4 UberPop. Pas sûr que le bilan apaise la colère des taxis en grève ce jeudi.