Expulsions de migrants: «Je ne sais pas ce qu’il va se passer mais je veux rester en France»

SOCIETE Dans la nuit de lundi à mardi, plus de 50 migrants ont dormi dans le Bois Dormoy (18ème). Associations et habitants du quartier organisent ce nouveau camp, en attendant l’ouverture d’un lieu d’accueil…

Romain Lescurieux

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Trois migrants ce mardi matin dans le jardin partagé du Bois Dormoy dans le 18e arrondissement
Trois migrants ce mardi matin dans le jardin partagé du Bois Dormoy dans le 18e arrondissement — R.LESCURIEUX

Son œil est gonflé. « J’essayais de rester debout mais la police frappait. C’était très violent. Je n’ai pas compris », raconte Ahmed, 18 ans, originaire du Soudan et arrivé à Paris il y a près de deux semaines. D’abord au campement de la Chapelle, puis dans celui organisé à la Halle Pajol, où ils ont été plusieurs à être délogés ce lundi par les forces de l’ordre. Ensuite, il a dû passer comme une cinquantaine d’autres personnes la nuit dans le jardin partagé du Bois Dormoy (18ème).

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Ce mardi matin, il déambule, dit bonjour. Et se pose avec deux autres réfugiés pour manger un peu, à même le sol. A côté d’un matelas de fortune, il évoque une nuit « dure », notamment marquée par le froid. Autour, les associations et riverains s’activent.

« Ces médicaments ont été donnés par une pharmacie du quartier »

Distribution de médicaments, de nourriture et de vêtements… chacun tient son « poste ». « Ce sont principalement des petites associations et les gens du quartier de la Goutte-d’Or et la Chapelle qui aident ici, pour la plupart depuis le début. Ce ne sont pas les élus et partis politiques que l’on voit depuis très peu de temps aux côtés des réfugiés », affirme Pédro-Pablo, bénévole à l’église Saint-Bernard de la Chapelle.

Un réfugié s’assoit en face de lui. Pédro-Pablo lui administre un sirop pour la toux et un cachet pour les coups reçus. « Ces médicaments ont été donnés par une pharmacie du quartier de Marx-Dormoy », se réjouit-il. Sur place, des élus saluent cette entraide.

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« Il y a du soutien. Des gens sont là. A chaque fois qu’ils ont été évacués, ils ont été repris en charge. Ça a au moins le mérite d’être une belle histoire de solidarité », commente Anne Souyris, coprésidente du groupe écologiste de Paris et conseillère du 10ème arrondissement. « Mais il y a encore au moins 200 personnes dans la rue autour de nous », déplore Pédro-Pablo. Ahmed, lui, attend. « Je ne sais pas ce qu’il va se passer mais je veux rester en France », assure le jeune homme.

Une solution pour ce soir ?

« Peut-être que la police va revenir et faire la même chose qu’à Pajol. Mais je pense que l’Etat a la pression maintenant quand on voit comment ça s’est déroulé hier », insiste Pédro-Pablo, en invitant Manuel Valls à « venir ici pour voir la France ».

Anne Souyris, elle, sera présente ce mardi soir à l’Hôtel de Ville, pour une réunion qui se tient en même temps que le rassemblement prévu à 18h, rue Pajol. Elle espère une « bonne nouvelle ». « L’exécutif a invité les présidents de groupes pour nous annoncer une décision, qui j’imagine sera prise avec la préfecture, concernant un lieu. En tout cas, on l’espère, car c’est ce qu’on demande depuis le début et qui est la seule stratégie viable », détaille-t-elle.