Expulsion musclée de migrants à Paris: «La prochaine étape, c’est de les tuer?»

REPORTAGE De nombreux élus et militants ont assisté à l'évacuation de près d’une centaine de migrants à la halle Pajol (Paris 18e) ce lundi…

Romain Lescurieux

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Une nouvelle évacuation a eu lieu rue Pajol dans le 18eme arrondissement, ce lundi
Une nouvelle évacuation a eu lieu rue Pajol dans le 18eme arrondissement, ce lundi — R.LESCURIEUX

« Solidarité avec les réfugiés », scande la foule à l’entrée de la halle Pajol (Paris 18e), ce lundi après-midi. Quelques jours après le démantèlement du campement de la Chapelle et l’évacuation de l’église Saint-Bernard, plusieurs dizaines de personnes, majoritairement des Erythréens et des Soudanais, ont été délogés de cet endroit où ils avaient établi un camp de fortune. Mais cette fois-ci, avec davantage de violence.

Paris : De nouvelles expulsions de migrants, à la halle Pajol, cette fois-ci

Car très rapidement, la situation se crispe. Des membres d’associations et des élus principalement EELV, FG et PCF, forment une chaîne humaine autour des migrants. De leurs côtés, les forces de l’ordre - CRS et gendarmes - quadrillent la foule et forment un couloir humain pour les transférer dans un bus de police. Et ce, un à un, quasiment toutes les dix minutes. Sous les huées et sans hésiter au passage à faire usage de gaz lacrymogène pour disperser le rassemblement. Des citoyens s’indignent devant cette scène. Evacuation de la halle Pajol ce lundi. R. LESCURIEUX/20 Minutes

« J’ai mal à ma République »

« C’est extrêmement violent et honteux de traiter ces gens de la sorte », s’exclame Sugeeta, retraitée et militante EELV. « Heureusement, il y a une mobilisation des habitants et des élus face la volonté de l’Etat de ne rien faire de concret et d’agir ainsi. Donc, ils se sont retrouvés là et les voilà de nouveau délogés par la force. Mais la prochaine étape, c’est de les tuer ? », assène-t-elle. Pendant ce temps, les allers-retours des forces de l’ordre avec des migrants se poursuivent.

De nombreuses personnes sont venues affirmer leur soutien. R. LESCURIEUX/20 Minutes

« J’ai mal à ma République », souffle Fanny Gaillanne, conseillère de Paris et élue du 19e groupe communiste-Front de Gauche. « Il y a une très belle solidarité qui s’était créée ici, donc on était en train de leur donner à manger quand les CRS sont arrivés. Nous demandons toujours l’ouverture d’un gymnase pour que les associations continuent de s’occuper d’eux et de les accompagner vers leur demande de droit d’asile ». Dans ce sens, les élus du groupe écologiste au Conseil de Paris ont « solennellement demandé à Anne Hidalgo l’ouverture d’un lieu d’accueil par la Mairie de Paris dès ce soir. »

« Cette opération musclée démontre toute l’hypocrisie derrière l’opération de la semaine dernière où les forces de l’ordre, la préfecture de police et la Mairie de Paris ont assuré qu’ils évacuaient pour raison humanitaire. La vérité est que ça fait un an qu’ils auraient dû intervenir pour garantir à ces personnes leurs droits. Au lieu de ça, c’est un éparpillement de la misère », affirme de son côté, Danielle Simonnet, élue Parti de gauche au Conseil de Paris, qui déplore un manque d’action de la part de la mairie de Paris.

« Where is europen court of human rights (sic) »

Aux alentours de 16 h, un bus rempli de migrants quitte la rue Pajol, pour une destination inconnue. Ou « dans divers commissariats du quartier pour le moment », indique un membre du groupe PCF. De l’extérieur, les yeux des migrants s’élèvent et les visages se collent à la vitre. Certains saluent la mobilisation. Un homme lui, affiche ce message sur un bout de papier : « Where is europen court of human rights (sic) ».