Paris: Le collectif 257, ces propriétaires parisiens en colère contre la mairie

IMMOBILIER Ils seront reçus ce jeudi matin par Ian Brossat, l’adjoint d’Anne Hidalgo en charge du logement. Ils n’apprécient guère que leur appartement soit préemptable par la mairie…

Fabrice Pouliquen

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La rue de Clércy, dans le 2e arrondissement, compte trois immeubles dans les 257 soumis au droit de préemption renforcé.
La rue de Clércy, dans le 2e arrondissement, compte trois immeubles dans les 257 soumis au droit de préemption renforcé. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Ils s’appellent le collectif des 257. Ce n’est pas une référence à leur nombre, mais aux 257 immeubles de la capitale concernés par le droit de préemption urbain renforcé. La mesure a été votée en décembre par le conseil de Paris. Elle permet à la municipalité d’acquérir en priorité les appartements mis en vente dans ces immeubles pour en faire des logements sociaux. Autrement dit, de la préemption appartement par appartement, là où Paris ne préemptait jusqu'à présent que des immeubles entiers.

Une aubaine pour Anne Hidalgo, qui a promis 10.000 nouveaux logements par an. Mais le collectif des 257, qui regroupe les propriétaires en colère, n’entend pas se laisser faire et est reçu, ce jeudi matin, par Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge du logement.

Des préemptions au rabais ?

« Le collectif a dépassé les 200 membres et il en arrive chaque jour », prévient Denys Brunel, le président de la Chambre nationale des propriétaires. Pas sûr que cela fasse fléchir Ian Brossat. « Il est loin d’être représentatif puisque ces 257 immeubles regroupent 8.000 logements. Par ailleurs, une centaine de propriétaires nous ont écrit pour dire qu’ils seraient heureux de nous vendre leur bien. »

Mais à quel prix ? C’est la crainte du collectif des 257. Une fois que le propriétaire a trouvé son acheteur, le notaire prévient la mairie de la transaction imminente et celle-ci a alors deux mois pour utiliser son droit de préemption. « Si elle le fait, le prix est bien souvent revu à la baisse », raconte Denys Brunel. « Faux, rétorque Ian Brossat. Le rachat par la ville se fait au prix trouvé entre le propriétaire et l’acheteur initial. Les 15 préemptions déjà réalisées depuis décembre ont suivi cette règle. »

Dépréciation des biens et peur des futurs voisins

Pour le collectif, le mal est de toute façon fait. « Nos biens ont subi une importante dépréciation, note un propriétaire de la rue de Cléry dans le sentier (2e). A choisir, un acheteur ne se dirigera pas vers un appartement préemptable. C’est le risque d’être écarté au dernier moment de la transaction et de buter sur des procédures longues. » « Les agences immobilières rechignent déjà à s’occuper de ces biens, complète Denys Brunel. Les démarches sont plus compliquées et elles n’ont pas la garantie de toucher une commission. » Un argument que réfute Gilles Ricour de Bourgies, président de la Fnaim Grand Paris. « Il n’y a pas de liste noire établie par les agents immobiliers et aucune menace sur les honoraires. La mairie doit de toute façon les payer à l’agence si elle préempte. »

Le propriétaire de la rue de Cléry voit aussi d’un mauvais œil ce droit de préemption renforcé qui entend favoriser la mixité sociale dans les quartiers sous dotés en logements sociaux. « Qui seront nos nouveaux voisins ?, se demande-t-il. Dans notre immeuble, nous venons de réaliser pour 125.000 euros de travaux dans les parties collectives ? En prendront-ils soin ? On connaît tous la problématique des HLM… » Des propos que Ian Brossat ne laisse pas passer : « C’est avoir une bien piètre image du logement social. Aujourd’hui, 70 % des Parisiens, au vu de leurs revenus, sont éligibles au logement social. Surtout, ce droit de préemption est principalement utilisé pour maintenir dans leur logement des locataires menacés d’expulsion par la vente de leur appartement. Autrement dit, bien souvent, ces propriétaires connaissent déjà leurs voisins. »

Quelques centaines de préemptions espérées

La mairie consacre 140 millions d’euros chaque année à ces préemptions, alloués pour l’essentiel aux rachats d’immeubles. Ian Brossat prévoit toutefois de récupérer quelques centaines d’appartements sur la mandature grâce à ce droit de préemption urbain renforcé.