Ouishare Fest 2015: «C’est à Paris que s’invente l’économie collaborative»

ECONOMIE Pendant trois jours, le parc de la Villette accueille la troisième édition du Ouishare Fest, le rendez-vous mondial de l’économie collaborative. L’enjeu n’est plus de faire connaître ce mouvement, mais de réfléchir aux questions qu’il soulève…

Fabrice Pouliquen

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Diana Filippova, membre de la communauté Ouishare et qui a concocté le programme de ce Ouishare Fest 2015.
Diana Filippova, membre de la communauté Ouishare et qui a concocté le programme de ce Ouishare Fest 2015. — ERIC PIERMONT / AFP

Ce mercredi et pendant trois jours, au Cabaret Sauvage (19e), on parlera économie collaborative. La salle de spectacle accueille la troisième édition du Ouishare Fest, le rendez-vous de ceux qui prônent une nouvelle organisation du travail, basée sur le partage, la consommation raisonnée et la démocratie participative. 1.200 personnes sont attendues et il reste des places à saisir. Entretien avec Diana Filippova, qui a concocté ces trois jours de débat.

A quoi sert ce Ouishare Fest ?
C’est le premier festival dédié à l’économie collaborative. A son lancement, il y a trois ans, le concept était tout nouveau et l’ambition était de faire connaître le mouvement et de rassembler ses premiers acteurs. Des militants associatifs, des entrepreneurs, des représentants de grandes entreprises… A mesure que l’économie collaborative prenait de l’ampleur, le Ouishare Fest a évolué pour devenir un temps de réflexion sur les problématiques que soulève l’économie collaborative. L’avenir du travail, la transformation des organisations économiques…

Pourquoi l’événement se tient à chaque fois à Paris ?
C’est ici que Ouishare s’est lancé en 2012. Si la communauté est devenue mondiale, Paris et la France gardent un rôle très important. C’est ici que s’invente l’économie collaborative et que les réflexions sont les plus poussées.

Comment définir l’économie collaborative ?
Il s’agit de projets et de pratiques qui remettent en cause le modèle économique dominant des structures pyramidales, très hiérarchisées qui reposent sur la concurrence et la domination des uns sur les autres. Les structures de l’économie collaborative promeuvent bien plus la coopération, la participation et l’implication des individus. Les exemples sont divers. C’est Airbnb, Drivy, Uber, La Ruche qui dit oui… Cela dépasse même le cadre des entreprises. A Ouishare, nous parlons de plus en plus de société collaborative et nous y incluons le financement participatif, la démocratie participative, les Fablab, le Do-it-yourself…

Combien cela pèse aujourd’hui dans l’économie française ?
Des études sont en cours, mais il y a à ce jour peu de statistiques pour mesurer l’ampleur de l’économie collaborative. Mais les start-up du secteur ont d’ores et déjà levé plusieurs milliards de dollars.

Vers quoi va l’économie collaborative ? Quels sont les services qui seront inventés demain ?
Nous plaçons beaucoup d’espoir dans la Louve [un supermarché coopératif en projet dans le 18e]. C’est un autre modèle que La Ruche qui dit oui pour rendre l’agriculture locale aux Parisiens qui ont du temps à donner. Nous attendons beaucoup aussi de la Proof of concept 21 (POP 21), cet été. Avant la conférence sur le climat (Cop 21), en décembre à Paris, elle réunira 50 innovateurs du monde entier pour plancher sur des projets écologiquement porteurs. En cinq semaines, l’objectif sera de passer de solutions sur le papier à de véritables prototypes.

En s’appuyant sur le partage et la solidarité, l’économie collaborative est-elle destructrice d’emploi ?
La question se pose et sera largement abordée au Ouishare Fest. On la formule souvent dans ce sens. Il faut aussi se demander pourquoi des services comme Uber ou Airbnb connaissent un tel succès. Ils répondent à une demande à la fois des clients mais aussi de gens qui veulent travailler différemment. L’économie collaborative créée une dynamique qui impose de s’interroger sur notre modèle économique, trop axé aujourd’hui sur le salariat.