Kangourous des Yvelines: «Quand on n’a pas l’habitude, on peut avoir l’impression d’être ivre»

FAITS DIVERS Une étude inédite sur les wallabies de Bennett qui colonisent le sud des Yvelines depuis les années 70 est actuellement menée par le Centre d’étude de Rambouillet et de sa forêt…

Romain Lescurieux

— 

Les wallabies de Bennett dans la réserve zoologique de Sauvage d'où certains se seraient échappés
Les wallabies de Bennett dans la réserve zoologique de Sauvage d'où certains se seraient échappés — R.LESCURIEUX

Il y a quinze ans, le maire d’Orcemont dans les Yvelines en a retrouvé un noyé dans sa piscine. A quelques kilomètres, l’épicier de Bullion en a lui aperçu un sur la place du village, alors qu’un autre, percuté par une voiture serait toujours dans un congélateur. Autant d’histoires qui attisent la légende du kangourou sauvage dans le massif de Rambouillet. Mais sa présence est pourtant bien réelle. Une étude vient même d’être lancée.

Des wallabies de Bennett dans la réserve zoologique de Sauvage. R.LESCURIEUX

«En étudiant ces wallabies en liberté, l’idée est de comprendre comment une espèce se comporte et s’adapte dans un milieu qui n’est pas le sien», se réjouit Bruno Munilla responsable du Centre d’étude de Rambouillet et de sa forêt (CERF) qui mène actuellement avec une étudiante ce « travail sociologique à portée écologique ». Autre but de cette étude inédite : «Démêler le vrai du faux» de cette histoire qui a commencé au siècle dernier.

«Des gens savaient mais ne disaient rien»

Il y a près de 40 ans, quelques Wallabies de Bennett – originaires de Nouvelle-Zélande - se seraient échappés du parc zoologique de Sauvage dans la commune d’Emancé. «Certains pensaient qu’ils n’allaient pas survivre», résume à 20 Minutes Stéphane Walczak, de la Fédération interdépartementale des chasseurs d’Ile-de-France (FICIF). Mais en profitant d’un climat continental et d’une alimentation à base de glands et autres bourgeons, l’espèce s’est adaptée et reproduite.

«Au fur et à mesure, ils ont colonisé la pointe sud des Yvelines», détaille le chasseur. Aujourd’hui, ces animaux d’une quinzaine de kilos pour 80 centimètres de hauteur, seraient selon les spécialistes, entre cinquante et cent. Mais pendant plus de 15 ans, cette histoire était taboue. «Des gens savaient mais ne disaient rien», poursuit-il.

Une patte de wallaby dans le bureau de la fédération des chasseurs. R.LESCURIEUX

«On peut les confondre avec des petits chevreuils. Certains se trompent»

«Un jour, lors d’un comptage annuel, un homme détaillait ce qu’il avait vu. Deux cerfs et six sangliers et s’est arrêté là. Sauf que son gamin disait "papa on a vu un kangourou". Le père lui demandait alors de se taire», raconte Stéphane Walczak. Puis, au début des années 2000 un canular a permis de délier les langues. Des panneaux Attention, traversées de kangourous ont fleuri sur le bord de certaines départementales de la zone. Les blagues ont fusé.

«Le lendemain d’un dîner, un ami m’a téléphoné et s’est exclamé "Alain, j’ai vu des kangourous". Je lui ai tout de suite répondu qu’il avait trop bu», se marre ce retraité aux lunettes teintées, devant le portail de sa résidence d’Emancé. «C’est vrai que quand on n’a pas l’habitude, on peut avoir l’impression d’être ivre, assure-t-il, mais de manière générale, ceux qui les voient le plus sont les chasseurs». Leurs seuls prédateurs.

«On peut les confondre avec des petits chevreuils. C’est la même couleur donc certains se trompent», confie Stéphane Walczak. D’autant que cette espèce sauvage n’entre dans aucune case. Protégée ? Gibier ? Nuisible ? «Il ne fait pas partie des listes européennes, ni françaises et encore moins départementales. Il y a un vide juridique», explique le chasseur.

«Ils ont été volés»

En cette matinée du mois de mai, dans l’enceinte de la réserve zoologique du Sauvage, seuls les cris des paons retentissent. Soudain, une femme aux cheveux corbeaux surgit. «Ils ont été volés», assène-t-elle, en refusant de décliner son identité. Pour Bruno Munilla du CERF, le vol de ces animaux n’est effectivement «pas à exclure».

Contacté par 20 Minutes, un membre de la réserve confirme la thèse du vol, avant de raccrocher. Une prudence logique, selon Stéphane Walczak. «Depuis le début les gérants du parc ont peur que ça se retourne contre eux si par exemple une personne percute un kangourou et se tue. Ils refusent donc de dire qu’ils se sont échappés de chez eux», commente le chasseur.

Mais depuis toutes ces années, les wallabies n’ont pas eu d'effets néfastes sur la nature et les hommes, selon les spécialistes. «Ils sont même devenus les mascottes du coin», sourit Alain.