Île-de-France: Que laisse Jean-Paul Huchon après 17 ans de règne?

ELECTION C'est officiel depuis lundi soir. Jean-Paul Huchon s'arrêtera à 17 années passées dans le fauteuil de président de la région Île-de-France...

Fabrice Pouliquen
— 
Paris le 01 avril 2014. Interview dans son bureau a l’Hôtel de Région Ile de France de Jean Paul Huchon president du Conseil Regional d'Ile-de-France.
Paris le 01 avril 2014. Interview dans son bureau a l’Hôtel de Région Ile de France de Jean Paul Huchon president du Conseil Regional d'Ile-de-France. — A. Gellebart / 20 Minutes

C’est sûr désormais, il ne fera pas six années de plus. Poussé à jeter l’éponge dans son propre camp, le socialiste Jean-Paul Huchon a renoncé à briguer un quatrième mandat à la tête de la région Île-de-France. Il s'arrêtera donc à 17 années passées dans le fauteuil de président de la première région de France. Une longévité digne d’un dignitaire africain.

«Il se comportait plus comme un grand élu local»

«Dommage, il aurait fait un bon candidat », commente Jean-Paul Planchou, vice-président du conseil régional d’Île-de-France en charge du développement économique, un fidèle de Jean-Paul Huchon, entré comme lui au conseil régional d’Île-de-France en 1998. Même Jean-François Legaret, maire UMP du 1er arrondissement et lui aussi conseiller régional, reconnaît des qualités à l'homme. «Une courtoisie, de l'intelligence, une bonne connaissance des dossiers, des analyses pertinentes sur l’avenir de l’Île-de-France…»

Dans son camp, on met aussi en avant sa bonhomie. Ses bains de foule réguliers au festival Rock-en-Seine en témoignent. «Il se comportait plus comme un grand élu local, raconte Jean-Paul Planchou. Il était respectueux de l’opposition et a laissé des initiatives à ses partenaires politiques…»

Mais que laisse-t-il après 17 ans de règne? Paradoxalement, il n’y a pas de grands projets en Île-de-France associés son nom. Même pas le Passe Navigo Unique qui entrera en vigueur en septembre? «Le dézonage intégral n’aurait jamais pu aboutir sans les écologistes, estime Mounir Satouri, le président du groupe des élus écologistes à la région Île-de-France. Nous avons dû batailler longtemps pour convaincre la majorité régionale du bien-fondé du projet.» Et au-delà des actions, «il est peu connu des Franciliens, observe Jean-François Legaret. Il n’a pas jamais réussi à avoir le même poids médiatique que le maire de Paris.»

«L'Île-de-France a pris une nouvelle dimension»

Son bilan serait bien plus à juger au regard de la nouvelle dimension qu’il a donné à la région Île-de-France en 17 ans. «Elle pesait peu dans l’échiquier politique à son arrivée, rappelle François Kalfon, conseiller régional PS délégué à l’emploi. C’est aujourd’hui une institution incontournable sur de nombreux sujets.» Sur ce point, Jean-Paul Huchon peut dire merci à la loi Raffarin de décentralisation qui le propulse en 2005 à la tête du Stif, le syndicat en charge de piloter les transports en commun en Île-de-France. «Il a porté l’effort sur la remise à niveau du réseau, ce qu’avait délaissé l’Etat jusque-là, poursuit Jean-Paul Planchou. La région y consacre un tiers de son budget, soit 1,5 milliard d’euros par an, ce n’est pas rien.»

L'héritage Grand Paris

L’autre grande réussite de Jean-Paul Huchon qu’on met en avant dans le camp socialiste, c’est le projet du Grand Paris. Là encore, l’idée n’est pas de lui. Elle a été impulsée par Nicolas Sarkozy qui voulait relier les grands pôles économiques parisiens par de nouvelles lignes de métro. «Le projet Sarkozy n’était qu’un chiffon de papier, commente François Kalfon. Jean-Paul Huchon a concrétisé ce projet. Mieux, il lui a donné une tout autre ampleur. On parle de 200 km de voies nouvelles de métro et de 32 milliards d’euros investis par la région et l’Etat. C’est plus que le plan Juncker sur la relance européenne.» Pour l’élu socialiste, ce Grand Paris est le premier héritage laissé par Jean-Paul Huchon à son successeur. Jean-François Legaret évoque aussi les dettes et cette tendance à accorder des subventions à tout va.