Trafic de drogue: Saint-Ouen, coincée entre fatalisme et envie de bouger les choses

BANLIEUE Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a promis des mesures fortes après les fusillades des derniers mois…

Fabrice Pouliquen

— 

Un enquêteur de la police recueille les indices après une fusillade au pied de l'immeuble de la cité Emile-Cordon, le 30 avril 2015.
Un enquêteur de la police recueille les indices après une fusillade au pied de l'immeuble de la cité Emile-Cordon, le 30 avril 2015. — AFP

Saint-Ouen cache bien son jeu. A se poser quelques instants sur la place bordée d’arbres qui jouxte la mairie ou à déambuler le long des petites maisons de la rue Anselme, on se dit que la vie doit être bien plus paisible que dans bon nombre de banlieues d’Ile-de-France. «J’ai vite perdu mes illusions en m’installant ici», glisse pourtant Issa, venue récupérer ses deux enfants à la sortie de l’école Jean-Jaurès. Elle a quitté Amiens (Somme) il y a cinq ans pour s’installer juste derrière la cité Emile-Cordon. Cette même cité qui a fait parler d’elle, le 30 avril, lorsqu’une fusillade a éclaté au pied d’un immeuble, faisant trois blessés graves.

«Les clients n'ont pas peur de venir ici»

Ce n’était pas les premiers coups de feu tirés à Saint-Ouen. Sur les deux derniers mois, on y dénombre cinq blessés par balles. C’est que la commune est prisée des trafiquants de drogue, prêts à sortir les armes pour gagner ou conserver un point de vente. «A deux pas de Paris, la ville est très bien desservie par les transports et n’a pas ces grandes tours qui font peur, observe le policier Erwan Guermeur, du syndicat SGP Police FO 93. Les clients n’ont pas peur de venir ici.»

«Le vendredi soir, il y a une file de voitures qui s’agglutine dans la rue Claude-Monet », raconte avec fatalisme Ghislaine*, qui habite en face de la cité Emile-Cordon. Ils n’ont même pas à sortir pour récupérer la drogue.» Si la lassitude domine, c’est qu’à Saint-Ouen on semble s’être accommodé de ce trafic qui se joue dans la rue-même. Les dealers ne se cachent guère aux pieds des immeubles ou juchés sur des poubelles dehors. «Le manège dure depuis une dizaine d’années», raconte Nicolle, à Saint-Ouen depuis 34 ans. Ghislaine aimerait tout de même déménager. « J’en ai fait la demande il y a six ans auprès du bailleur social …». Même désir pour Issa qui a déjà réexpédié son fils de 15 ans en Afrique. « Il s’est fait entraîner dans ce trafic et faisait le guetteur. A sa deuxième garde à vue et après la fusillade du 30 avril, j’ai dit stop.»

Les mamans se bougent

Il reste encore des mamans qui s’accrochent. Celles du collectif «Saint-Ouen Debout» sont particulièrement actives. Il s’est constitué peu après les fusillades, «déjà pour rappeler notre ville ne se résume pas à son trafic de drogue et qu’il y a beaucoup de potentiel ici», martèle Maimouna. Il manquerait juste un plan d’ensemble pour éradiquer les trafics de stupéfiants. Justement, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a assuré vouloir prendre des mesures puissantes et «taper les consommateurs qui viennent s’approvisionner à Saint-Ouen».

Le collectif de mamans Debout Saint-Ouen se mobilisent pour enrayer le trafic de drogues dans leur commune.  (F. Pouliquen / 20 Minutes)

«Ce n’est pas la solution», répondent en bloc les mamans. Elles ont établi un plan en six points qu’elles rêvent de présenter à William Delannoy, leur maire, et à Bernard Cazeneuve qu’elles annoncent à Saint-Ouen ce jeudi. «Des actions simples, sur le long terme et qui sécuriseront vraiment les Audoniens et cadreront la jeunesse», précise Maimouna. Comme restaurer la lumière, la nuit, dans certains quartiers qui en sont dépourvus, reconstruire le mur d’enceinte de l’école Anatole-France pour que les intrus cessent d’entrer dans l’école ou mettre en place des structures d’accueil pour les enfants de 11 à 13 ans…

*Le prénom a été changé.