Paris: Le low-cost prend l’autoroute pour Charles-de-Gaulle

TRANSPORT Le 15 mai, Easybus, cousine d’Easyjet mais pour les autocars, ouvre une nouvelle desserte vers l’aéroport Charles-de-Gaulle. Le prix d’appel est à 2 euros. De quoi faire blêmir la concurrence...

Fabrice Pouliquen

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Entre la France et la Suisse, Easybus exploite déjà une première ligne, entre Chamonix et l'aéroport de Genève.
Entre la France et la Suisse, Easybus exploite déjà une première ligne, entre Chamonix et l'aéroport de Genève. — Photo Easybus

Ils ont annoncé leur arrivée à grands coups de communication. Vous avez sans doute d’ailleurs déjà vu leurs tweets ou leurs affiches dans le métro. EasyBus se lance à l’assaut de Paris et ouvre une liaison entre la capitale et l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle à partir du 15 mai.

Le principal attrait de cette nouvelle offre tient dans le prix: à partir de 2 euros pour parcourir les 33 km qui séparent le premier aéroport d’Île-de-France à la capitale. Bien en-dessous de la concurrence. Il faut en moyenne compter 50 euros pour faire ce même trajet en taxi, 11 euros avec le Roissy bus, 17 euros avec un car Air France ou encore 9,75 euros en optant pour le RER B.

Quarante allers-retours par jour

Derrière ce nouveau venu, il faut bien sûr voir EasyJet, la compagnie aérienne britannique à bas coûts. Le concept est identique. Le tarif de 2 euros est un prix d’appel dont le client approche plus il réserve tôt son billet. Quel pourcentage de clients bénéficiera de ce prix? «Impossible à dire, répond Pete Frost, responsable commercial et marketing d’Easybus. Un logiciel calculera les tarifs en fonction du jour et de l’heure de départ ou de la demande.»

Quoi qu’il arrive, le prix du billet est inférieur au marché, promet Easybus. Pour rentrer dans ses frais, elle mise sur les volumes. Quarante allers-retours seront proposés par jour. Cinq petites navettes de seize places chacune les assureront. «A Paris, le départ se fera rue Saint-Honoré, détaille Pete Frost. Le premier départ se fera à 5h45 et le dernier à minuit. Depuis l’aéroport Charles-de-Gaulle, la première navette partira à 4h30 et la dernière à 1h du matin.»

«Un secteur déjà très concurrentiel»

Aéroport de Paris se félicite de ce nouveau venu. «Comme le projet du Grand Paris Express, tout ce qui peut améliorer la desserte de nos aéroports est bon à prendre». Mais qu’en pense la concurrence? La RATP, qui gère Roissy Bus, n’a pas souhaité répondre. «C’est un acteur de plus dans la desserte des aéroports, un secteur déjà très concurrentiel», estime pour sa part Brigitte Rabaud, directrice marketing de Keolis Île-de-France, copropriétaire d’Aérolis, la société qui gère les cars Air France. Pas une bonne nouvelle donc, «même si nous ne visons pas le même créneau, poursuit Brigitte Rabaud. Nous sommes sur un service premium, avec des autocars haut de gamme, un service bagagiste, du wifi à bord.»

Ibrahima Sylla, président de Taxis de France, une association de sauvegarde des taxis, se montre plus inquiet. «Nous servirons à quoi bientôt?, s’alarme-t-il. Uberpop nous rogne déjà des parts conséquentes de marché et l’Etat ne fait pas grand-chose pour les arrêter. Nous ne pourrons pas nous aligner sur un tarif de 2 euros entre Paris et Charles-de-Gaulle. Nos charges sont trop importantes.»

Pas le droit de prendre la voie réservée

Les taxis tout comme les cars Air France et Roissy Bus gardent toutefois un avantage. Contrairement à EasyBus, ils ont le droit de prendre la nouvelle voie dédiée aux transports en commun inaugurée fin avril sur l’A1 et ainsi gagner 8 minutes, le matin, sur le trajet Roissy-Paris. «Un beau jour, EsayJet obtiendra aussi le droit de la prendre», prédit Ibrahima Sylla. La société britannique en a d’ores et déjà fait la demande. Et si pour l’instant, elle se limite à desservir l’aéroport Charles-de-Gaulle, elle ne s’interdit pas un jour de se tourner vers Orly. A Londres, EasyJet dessert les aéroports depuis 2003 et transporte chaque année 8 millions de passagers.