Paris: «La Brasserie Barbès appartient à tout le monde et à personne»

SOCIETE Vue comme le symbole d’un quartier en mutation, la Brasserie Barbès, dans le 18e arrondissement, doit ouvrir ses portes ce jeudi…

Romain Lescurieux

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La Brasserie Barbès vue du dernier étage du magasin Tati — R.LESCURIEUX

«Cette ouverture est vraiment une bonne chose pour Barbès», lance une habitante de ce quartier du 18e arrondissement avant de pousser les tourniquets métalliques de la station de métro. Après deux ans travaux en lieu et place du magasin discount Vano, détruit par un incendie en juin 2011, la Brasserie Barbès attend mercredi l’ultime validation d’une commission de sécurité pour une ouverture prévue ce jeudi.

Au milieu de quelques vendeurs à la sauvette, Michel se réjouit de l’arrivée imminente de cet endroit, souvent qualifié d’avatar du «nouveau Barbès» avec son voisin: Le cinéma Louxor.

Croissant au jambon, dancing et cigarette sur le toit

«Jusqu’ici le soir, Il n’y avait plus de café, plus de lumières. Cette brasserie va redynamiser le quartier», explique ce retraité qui a connu «l’époque du café Rousseau» des années 40-50 et «des bougnats de la Goutte d’Or», poursuit-il. Plus de soixante ans plus tard, l’Auvergnat, c’est Jean Vedreine. Stan Smith aux pieds, barbe et veste en daim, il est à la tête de la Brasserie Barbès avec son acolyte Pierre Moussié. Ces serial-entrepreneurs qui gèrent de nombreux endroits «cool» de Strasbourg Saint Denis à Pigalle, misent désormais sur cette affaire. Leur plus gros chalenge.

Ouvert sept jours sur sept, de 8h à 2h du matin non-stop, ce «café, bar, restaurant, dancing» de quatre niveaux sur plus de 600 mètres carrés, affiche une capacité de 250 places. «Simple et efficace», c’est selon eux, le retour de la «grosse brasserie parisienne à l’ancienne» à la sauce 2015. Avec «un bar à cocktail pour un dernier verre et une cigarette sur le toit», détaille Pierre Moussié. «Les tarifs seront pour toutes les bourses avec une carte qui va du croissant au jambon à la sole meunière», assurent-ils à 20 Minutes. Mélangeant ici leurs «diverses expériences» parisiennes, leur venue à Barbès est vue par certains d’un très bon œil.

«Même si cette ouverture ne va pas tout régler, c’est important»

«Ils sont culottés. Je suis admiratif d’avoir ces voisins qui osent quelque chose de différent dans le quartier. Cette brasserie branchée va amener aussi une clientèle qui va découvrir mon magasin», soutient Stéphane Pradier, directeur du Tati Barbès. «Même si cette ouverture ne va pas tout régler, c’est important pour la diversité commerciale du quartier, qui souffre encore d’une mono activité», se réjouit également Frédéric Rémongin, vice-président de l’association Action Barbès, qui a œuvré en faveur de cette brasserie qui devrait générer entre 20 et 40 créations d’emploi. Et accentuer la gentifrication du quartier?

La gentrification des quartiers populaires, ça change quoi?

«Boboisation», «gentrification» Jean Vedreine, Pierre Moussié et Action Barbès balayent ces termes. «Nous apportons un service qu’il n’y avait pas. Alors forcément, nous modifions le quartier», affirme le premier. «Mais une brasserie n’a rien d’élitiste […] et la nôtre est ouverte aux gens qui vivent ici, travaillent ici et viennent ici» surenchérit-il. Hausse des prix de l’immobilier, de la vie de tous les jours… Action Barbès n’y croit pas non plus. «Ça ne va pas changer la morphologie du quartier. Le Louxor n’a pas eu d’impacts particuliers. Et le but n’est pas de faire disparaître les classes moyennes et populaires», argumente de son côté, Frédéric Rémongin.

«La Brasserie Barbès appartient à tout le monde et à personne», résume Pierre Moussié. Un espace sans videurs, ni vigile, donc, mais avec toutefois «une personne présente pour la sécurité le jour et deux le soir», précise Jean Vedreine. Pour Michel: «L’essentiel, c’est que n’importe qui puisse y venir boire son café». En tout cas, il l’espère.