Paris: Un mégot de cigarette jeté par terre vous coûtera 68 euros

CIGARETTE La mesure sera appliquée en septembre, après l’installation de nouvelles poubelles dotées de cendriers. Le 9e arrondissement, lui, va encore plus loin…

Fabrice Pouliquen
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Dans le 9e arrondissement, la mairie met à disposition des commerçants des boites pour recycler ses mégots.
Dans le 9e arrondissement, la mairie met à disposition des commerçants des boites pour recycler ses mégots. — F. Pouliquen / 20 Minutes

En septembre, ça ne rigolera pas. A Paris, le mégot jeté par terre vous coûtera 68 euros si vous vous faites prendre sur le fait. C’est le résultat d’un décret voté fin mars par le gouvernement et qui donne la possibilité aux grandes villes françaises de rehausser les amendes de 35 à 68 euros pour toute une série d’incivilités qui touchent à l’insalubrité des rues.

«Donner d’abord aux Parisiens le moyen de les écraser»

«Parce qu’on pouvait déjà être passible d’une amende de 35 euros pour un mégot jeté par terre?», s’interroge surpris Konrad, croisé à la terrasse d’un café parisien.  Depuis 2012, oui… Enfin, en théorie. Car cela n’a jamais été appliqué dans la capitale. Pourtant, la ville en ramasse 350 tonnes par an et un seul mégot suffit à polluer 500 litres d’eau. «Un vrai problème de santé publique, commente Gérard Audureau, président de l’association Droit des non-fumeurs (DNF)

La mairie de Paris justifie ce laisser-faire par «la volonté de donner d’abord aux Parisiens les moyens d’éteindre correctement leurs cigarettes.» Elle terminera en juillet l’installation de 30.000 poubelles-bagatelles, qui consiste à doter le sommet des poubelles existantes d’une structure métallique faisant office d’écrase-mégots. Une grande campagne de sensibilisation aux mégots est aussi prévue courant mai.

Le 9e arrondissement va plus loin

Ensuite, donc, fini de jouer. Place aux verbalisations. Dans le 9e arrondissement,  quartier particulièrement concerné par les mégots avec ses nombreux bars et immeubles de bureaux, on dit adhérer au dispositif. «Nous réclamions déjà les verbalisations à 35 euros depuis un an», rappelle Sébastien Dulermo, adjoint de Delphine Bürkli, maire du 9e, en charge de la propreté. La mairie d’arrondissement a même décidé d’aller plus loin que ces poubelles «bagatelles». Depuis quinze jours, elle expérimente le recyclage de mégots dans une dizaine de cafés et restaurants où elle met à disposition des boîtes de collecte des bouts de cigarettes usagées.

Rien ne change dans les habitudes des fumeurs. «Nous versons nous-mêmes les mégots laissés dans les cendriers ou par terre dans cette boîte de collecte», précise Adamo, le patron du Smiley, l’un des dix commerces participants. Il n’empêche, ces boîtes trônent en évidence à l’entrée des établissements. Pour Sébastien Dulermo, le tour est joué. «On sensibilise les fumeurs. Surtout, contrairement aux poubelles-bagatelles, où le mégot finit par atterrir avec tous les autres déchets, ces boîtes de collecte permettent réellement de faire du recyclage.»

Des mégots transformés en banc ou en palettes…

C’est Terracycle, entreprise spécialisée dans le traitement des matériaux difficiles à recycler, qui s’en charge. «La partie organique de la cigarette (le papier, les cendres, le tabac) est transformé en compost, indique Laure Cucuron, directrice du développement commercial de Terracycle. Le filtre, lui, sera recyclé en plaques de plastique utilisables pour la construction ou en granules de plastique utilisés dans la fabrication de nombreux objets courants. Des bancs ou des palettes notamment.»

Cette opération n’est qu’un premier test indique Sébastien Dulermo. «Nous songeons à installer cet été une cinquantaine de cendriers de rue dans l’arrondissement que la mairie se chargera directement de collecter.»