Plan vélo à Paris: «Pour une fois, les politiques se fixent une obligation de résultat»

INTERVIEW Christine Lambert, porte-parole de l’association Mieux se déplacer à bicyclette, commente les mesures adoptées ce mardi…

Fabrice Pouliquen
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Paris ambitionne d'arriver en 2020 à ce que la part modale du vélo dans les déplacements atteignent les 20%.
Paris ambitionne d'arriver en 2020 à ce que la part modale du vélo dans les déplacements atteignent les 20%. — Clémens Bilan AFP

Un total de 150 millions d’euros pour booster la pratique de la bicyclette à Paris d’ici à 2020… Le Conseil de Paris a voté ce mardi un plan vélo 2015-2020 d’une ampleur présentée comme inédite. Il prévoit notamment de faire passer le nombre de kilomètres de pistes cyclables de 700 à 1.400 km. De quoi se réjouir? Christine Lambert, porte-parole de l’association Mieux se déplacer à bicyclette, ne crie pas victoire trop vite.

Avec ce plan, Paris se dote-t-elle des moyens pour devenir capitale de France du vélo?

C'est trop tôt pour le dire. Il faudra déjà que le plan réussisse à tenir ses objectifs à l’horizon 2020. Cela dépendra également de ce que font les autres villes. Certaines aussi ont engagé des plans vélos et ont aujourd'hui un temps d’avance sur Paris. A Strasbourg, la part modale du vélo dans les déplacements se situe entre 13 et 14%. A Paris, qui compte certes bien plus d’habitants, on oscille entre 3 et 5%. Nantes et Bordeaux sont aussi devant.

Mais ce plan vélo vous semble-t-il toutefois ambitieux?

Il n’y a rien de révolutionnaire. Beaucoup de mesures ne sont d’ailleurs que des reprises de plans précédents et qui n’ont pas été faites encore. Il y a toutefois deux points très positifs. Le premier est de mettre en place des subventions pour l’achat de vélos cargos et de triporteurs. C’est un gros plus que nous réclamions depuis longtemps à la MDB. Il n’y a pas de raisons que les aides soient réservées aux vélos électriques. Il y a d’autres types de bicyclettes qui représentent de vraies alternatives à la voiture mais qui coûtent cher aujourd’hui. Le deuxième point, c’est enfin d’afficher dans ce plan un objectif de part modale à atteindre: 15% en 2020. Cela change tout. Jusque-là, les plans vélo se contentaient d’annoncer le nombre de pistes cyclables ou de zones à 30 km/h à réaliser. Or ce ne sont que des moyens. Avec ces 15% de part modale à atteindre, Paris s'impose une obligation de résultats.

Le doublement des pistes cyclables, de nouvelles zones « Paris à 30km/h », 10.000 nouvelles places de stationnement… Pensez-vous que Paris a pris les bons outils pour doper la pratique du vélo?

Encore une fois, ce ne sont que des outils. Faire passer le nombre de kilomètres de pistes cyclables de 700 à 1.400 d’ici à 2020 est potentiellement une bonne chose. Mais s’il s’agit juste d'ajouter des kilomètres de voies réservées au vélo rue de Rivoli en oubliant de créer des aménagements cyclables place de la Concorde, cela ne marchera pas. La continuité des aménagements ne sera toujours pas assurée. Même chose pour le stationnement. 10.000 nouvelles places me semblent être un objectif sous-dimensionné pour Paris. Surtout, il est urgent de construire des parkings sécurisés de grande capacité aux abords des gares. Celles de Lyon et Montparnasse notamment. Il y a de la place pour le faire. Nous le réclamons depuis longtemps.