Bobigny: Dix-huit mois de prison ferme pour l'achat-vente d'un bébé «au prix d'une bagnole»

JUSTICE En 2010, Bob Koudakoff et Paula Montes avaient vendu pour quelques milliers d’euros un bébé rom à des cousins d’Afrique du Sud qui cherchaient un bébé à adopter…

20 Minutes avec AFP

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Plusieurs affaires de bébés roms achetés par des membres de la communauté des gens du voyage ont été instruites par la justice ces dernières années.
Plusieurs affaires de bébés roms achetés par des membres de la communauté des gens du voyage ont été instruites par la justice ces dernières années. — Didier Pallages afp.com

«Chacun est maître de ses enfants», a lancé le prévenu. «C'est du commerce d'êtres humains, c'est du racisme», a répondu la juge. Le procès d'un couple de Tsiganes, intermédiaires dans l'achat-vente d'un bébé rom, a tourné au conflit de valeurs.

Bob Koudakoff, 56 ans, et Paula Montes, 43 ans, ont été condamnés mercredi à 18 mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Bobigny. En 2010, ces Tsiganes sédentarisés vivant en France sont contactés par des cousins d'Afrique du Sud, qui «cherchaient un bébé» à adopter. Pour le trouver, Bob Koudakoff, crâne dégarni et moustache grisonnante, explique avoir naturellement «été voir un Roumain, il y en a plein qui font la manche». «Les Roms vendent leurs enfants comme des petits gâteaux», renchérit sa femme, pointes des cheveux décolorées et racines noires.

La jeune fille aurait été forcée à vendre son enfant

Bob Koudakoff et les acheteurs sud-africains auraient alors été mis en contact avec une famille de Roms dans un squat de Seine-Saint-Denis, dont la fille de 16 ans est enceinte. Etait-elle d'accord pour vendre son bébé? Oui, assurent les intermédiaires. «Je lui ai demandé trois fois», jure Bob Koudakoff, qui ne parle pourtant pas la même langue que l'adolescente, arrivée de Roumanie. «Elle était d'accord, elle a fait un signe de la tête.»

L'enquête, déclenchée grâce au témoignage d'un autre habitant du squat, évoque une matriarche rom, «au nez coupé et aux dents en or», présente lors de la transaction, qui aurait forcé la jeune fille à vendre son enfant. Selon toute vraisemblance, cette matriarche, déjà condamnée pour proxénétisme, obligeait l'adolescente à mendier et peut-être à se prostituer.

Les juges sont convaincus que l'adolescente n'a pas vu la couleur des 7.000 euros versés par les Sud-Africains, et que la matriarche les a empochés pour «refaire ses dents en or».

«En gros, le prix d'un être humain, c'est une bagnole! D'occasion, en plus...»

Peu après la naissance, Bob Koudakoff reconnaît l'enfant en mairie, accompagné de la matriarche. Il s'envole, avec le nouveau-né âgé de trois mois, pour le «livrer» en Afrique du Sud.

Pour ce «service», il dit avoir touché 2.000 euros: « J'ai acheté une voiture », une Rover défectueuse. «En gros, le prix d'un être humain, c'est une bagnole! D'occasion, en plus...», ironise la présidente du tribunal.

Pourquoi ne pas avoir tenté une adoption en Afrique du Sud? Les parents «voulaient un bébé tsigane», assure Paula Montes. «C'est du commerce d'êtres humains, c'est du racisme, c'est considérer les Roms comme une catégorie basse de la société», réplique la juge, s'interrogeant sur la «morale» des prévenus.

Aucune trace du bébé ni de la mère biologique

Les enquêteurs n'ont pu retrouver ni le bébé vendu, qui aura quatre ans en mai et qui se trouverait entre les Etats-Unis et l'Afrique du Sud avec ceux qui sont devenus ses parents, ni sa mère biologique, ni la matriarche du squat rom.

Plusieurs affaires de bébés roms achetés par des membres de la communauté des gens du voyage ont été instruites par la justice ces dernières années. Le tribunal correctionnel de Marseille a condamné mercredi à des peines allant de 18 mois à 5 ans de prison quatre Roumains accusés d'avoir organisé un trafic de bébés et à des peines de deux ans avec sursis deux couples qui avaient acheté des enfants.