Deuil difficile pour la cité des 4000

©2007 20 minutes

— 

Battus et abattus.

A La Courneuve (Seine-Saint-Denis), au lendemain de la défaite de Ségolène Royal, les jeunes de la cité des 4000 dépriment. Ici, la candidate socialiste a réuni plus de 64 % des suffrages. Là même où Nicolas Sarkozy avait promis un nettoyage au « Kärcher ». Oumarou, 22 ans et étudiant en première année de droit, se dit préoccupé : « Nous, on sait déjà qu'il ne tient pas ses promesses. Il nous avait annoncé du travail pour les jeunes, des logements, plus de sécurité. On n'a rien eu. Et maintenant qu'il n'a plus besoin de faire sa pub, il ne reviendra plus. »

Oumarou fait partie d'un groupe d'une trentaine de jeunes âgés de 20 à 26 ans qui se connaissent depuis des années, qui « ne fument pas, n'ont jamais brûlé de voitures ». Mais qui s'inquiètent. « Les flics vont encore devoir faire du chiffre et ça risque de retomber sur des gens qui n'ont rien fait. » Dimanche soir, quelques voitures ont flambé dans la cité. « Mais c'est quand il y aura moins de flics que ça va dégénérer, à la première bavure. Les gens ont trop la rage contre Sarkozy. C'est pire que contre Le Pen », explique Oumarou. Stéphane, un des rares Blancs du groupe, arrive près du banc : « Alors, il est passé Tonton Sarko ! Franchement, heureux de vous avoir connu les gars. » Tout le monde rigole. Jaune. « On ne va pas nous virer, on est français, lance Bacar. Mais déjà, quand on a une barbe, on ne peut plus travailler à l'aéroport. Les préjugés vont encore augmenter. Et il peut compliquer les choses pour les cartes de séjour de nos parents maliens. » Dans leur bande, seule une moitié a trouvé un emploi « stable ». « Les seules entreprises qui ouvrent ici, ce sont des sandwichs grecs », plaisante Bakery. Et seulement quatre d'entre eux ont pu quitter le domicile de leurs parents. « Des tours ont été détruites, mais il n'y a pas de sous pour construire tandis que dans le quartier du Stade de France, à cinq minutes d'ici, ça construit de partout », compare Bacar. Lui ne travaille

pas, « attend », dit que « 1 100 € par mois, ça sert à rien, alors que les gens se seraient levés pour aller travailler avec les 1 500 € de smic que proposait Ségolène. » C'est pourtant bien en perdante que l'ex-candidate tiendra dans quelques jours un « meeting de remerciement » à La Courneuve.