Paris: Il combat les clichés des «No-go zones» avec son appareil photo

REPORTAGE  Julien arpente les quartiers «difficiles» pour casser les idées véhiculées par la chaîne américaine Fox News et sa carte des «No-go zones»…

Romain Lescurieux

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Julien photographie une habitante du 20e arrondissement
Julien photographie une habitante du 20e arrondissement — R.LESCURIEUX

Clichés contre clichés. Julien, 34 ans, appareil photo en bandoulière, sillonne ce mercredi les rues du 20e arrondissement, à la rencontre des «gars de Ménilmontant», comme l’affiche cette célèbre œuvre de street-art sur la façade d’un immeuble du quartier. Après Belleville, Magenta et Riquet, c’est sa quatrième «No-go zone», située du côté de la rue Pelleport. Son objectif: «Casser ce qui a été véhiculé par le reportage de Fox News», lâche-t-il, lunettes sur le nez.

La maire de Paris, Anne Hidalgo à annoncer lundi vouloir faire des quartiers populaires de la capitale des «Must-go zones» en référence à ces «No-go zones», dans le cadre du nouveau contrat de ville signé par l'Etat et la Mairie. 26 millions d’euros seront ainsi injectés dans ces quartiers «populaires» jusqu’en 2020 pour améliorer l'insertion des populations.

En attendant, ce passionné de photo qui vit et travaille dans une «No-go zone», veut leur donner la parole. Et publie quotidiennement depuis un mois sur son Tumblr, le portrait de ceux qui font ces quartiers.

«Eteignez vos télés, sortez et venez ici» 

Les «gars» de Menilmontant ce mercredi, ce sont Nelson, ou encore Myriam. Des habitants qu’ils croisent et qu’ils abordent pour discuter. Au hasard. Nelson, la vingtaine, apprenti aux centres des formations industrielles et «gamin du quartier» n’avait pas entendu parler du reportage mais se laisse volontiers prendre au jeu de Julien. Un cliché, un témoignage. Et ce message: «Il n’y a aucun danger ici. Que ce soit Fox News ou BFM Tv… éteignez vos télés, sortez et venez ici», assène-t-il.

Et si les Parisiens faisaient découvrir eux-mêmes «leurs dangereux quartiers»?

Après un projet photos sur les «Premiers métros», «où l’on croise les gens qui préparent Paris pour le reste des Parisiens», Julien voulait continuer de «faire changer le regard et aller à l’encontre des idées reçues que l’on peut avoir les uns sur les autres». Puis les événements de janvier ont déclenché l’inspiration.

«Les propos de Fox New ont été violents pour eux»

Sur sa pause «dej», le soir ou les week-ends, il questionne ces Parisiens sur la perception qu’ils ont de leur quartier, le sentiment qu’ils développent quand il est qualifié de «No-go zone» et s’ils le considèrent ainsi. Premières conclusions? «Ils sont attachés à leur quartier. Ils y vivent depuis longtemps. Entre 10 et 40 ans. Donc les propos de Fox News ont été violents pour eux», poursuit-il.

Il dit ne pas avoir perçu un rejet des autres, à quelques rares exceptions. «J’ai rencontré deux ou trois personnes qui n’en peuvent plus. Mais qui n’ont qu’un sentiment d’insécurité. Sans jamais avoir vécu une agression. Globalement, je ressens une fierté. Et le retour d’une meilleure cohabitation entre les communautés», affirme le jeune homme.

«No Go Zones», «Must Go zones» : «Concept marketing et politique»

Il a publié une vingtaine de portraits sur son site et se fixe un an de travail. «Pour le moment, les messages sont très positifs mais je ne veux pas tomber dans l’angélisme. On verra donc dans quelques mois comment le message a évolué et comment des actions vont se mettre en place», dit-il. «No-go zones», «Must-go zones»... tout ça est aussi devenu «un concept marketing et politique».

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Mais selon lui, «le seul mérite de ce reportage c’est de voir qu’il y a désormais des actions pour revaloriser les quartiers populaires après des décennies de discours rabaissant sur les banlieues et les quartiers populaires, que les gens ont malheureusement intégrés. Il faut donc redonner confiance aux habitants». Prochains arrêts pour Julien, la Goutte d’Or et la Porte de Clichy.