Ile-de-France: A quoi bon voter dans des départements en sursis?

ELECTIONS La Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne pourraient être avalés par le Grand Paris à partir de 2016…

Fabrice Pouliquen

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Vue aérienne de Paris le 6 mars 2015.
Vue aérienne de Paris le 6 mars 2015. — SIPA

Un sondage l’Ifop pour Sud-Ouest Dimanche le présage déjà: l’abstention s’annonce élevée lors les élections départementales dont le premier tour se jouera dimanche, avec un taux estimé de 57%. Les départements d’Ile-de-France devraient eux aussi peiner à mobiliser leurs électeurs. Peut-être même plus que les autres en ce qui concerne la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne.

Les communes de ces départements de la petite couronne parisienne seront intégrées à la métropole du Grand Paris qui verra le jour le 1er janvier 2016. La première étape d’un processus qui pourrait conduire à la suppression de ces trois départements à l’horizon 2020? L’hypothèse a été évoquée à plusieurs reprises par le gouvernement. Dans un tel contexte, à quoi bon alors voter dimanche? «Bien sûr que cela vaut le coup», répondent Stéphane Troussel, président PS du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, comme Patrick Devedjian, son homologue UMP dans les Hauts-de-Seine.

«Nous n’en sommes pas encore à la suppression»

«Nous n’en sommes pas encore à la suppression, rappelle Stéphane Troussel, rassuré par l’adoption en première lecture par l’Assemblée nationale, le 10 mars, du projet de loi portant sur la Nouvelle organisation territoriale de la République (la loi Notre). «Les compétences des départements ont à cette occasion été renforcées sur des sujets capitaux. La conduite des politiques sociales de proximité notamment.» Patrick Devedjian cite aussi la gestion des collèges et de la voirie qui resteront sous l'égide des départements. «Les départements exercent des compétences de proximité qu’aucune autre institution ne peut remplir, estime-t-il. Les communes n’ont pas la puissance financière pour le permettre, la région est trop loin du terrain et les communautés de communes n’ont jamais pris en Ile-de-France.»

Et la future métropole du Grand Paris? «Si elle fait de l’ombre à quelqu’un, ce sera à la région Ile-de-France, reprend Patrick Devedjian. Elle pourrait notamment s’occuper de l’organisation des transports à Paris, ce qui est une compétence du conseil régional jusqu’à présent.» Christian Favier, président du conseil départemental du Val-de-Marne et auteur du Coup d’Etat contre les départements, ne semble pas aussi serein. «Il faut rester vigilant, a-t-il expliqué dans L’Humanité, le 12 mars. La pression exercée en faveur de la réduction des dépenses publiques conduit les libéraux à continuer d’exiger la suppression des collectivités de proximité que sont les communes et les départements.»

Trois départements qui restent en sursis

L’association du Grand Paris, créée en octobre 2006 par des représentants de la société civile, figure parmi ceux qui demandent sans détour la fin des départements de la petite couronne. «A Lyon, la métropole a fusionné avec intelligence avec le département du Rhône, observe Antonio Duarte, qui en est le président. C’est l’exemple à suivre pour que le Grand Paris soit une métropole ambitieuse, avec de vrais pouvoirs.»

Antonio Duarte ne demande pas une fusion d’un seul coup au 1er janvier 2016, mais une fusion progressive d’ici à 2024, «date à laquelle le président du Grand Paris sera élu au suffrage universel direct». «En zone urbaine, les départements n’ont plus guère d’utilité et le Grand Paris est tout à fait légitime pour s’occuper de la voirie, des collèges ou des politiques sociales», poursuit-il. Mais dimanche, Antonio Duarte appelle toutefois à aller voter. «Dans l’immédiat, les départements gardent leur importance.»