«Vivre à la rue, on en crève»: Hommage à Paris aux 480 SDF décédés en 2014

PAUVRETE Moyenne d'âge des décès: 49 ans, alors que la moyenne nationale est de 82 ans, rappelle le collectif des Morts de la rue...

20 Minutes avec AFP

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Paris le 27 janvier 2013. SDF Sans Domicile Fixe sans abris entoure de poubelle. Femme a la rue.
Paris le 27 janvier 2013. SDF Sans Domicile Fixe sans abris entoure de poubelle. Femme a la rue. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Ils s'appelaient Edouard, Ahmed, Alexander, Fernande ou encore «le coyote», et étaient sans-abri: Au moins 480 SDF sont décédés dans la rue en 2014, selon un décompte non exhaustif du collectif Les Morts de la rue, qui leur a rendu hommage mardi à Paris.

Sur chaque cube, un prénom, parfois un nom

Sur la place de la Bastille, 480 cubes blancs en origami ont été disposés comme de petites stèles, sur lesquelles les passants étaient invités à déposer une rose. Sur chaque cube, un prénom, parfois un nom, des initiales, un surnom ou une simple précision «un homme», «une femme» quand les informations manquent. Souvent un âge est précisé ainsi que la date et le lieu du décès.

La liste a été lue dans l'après-midi par des bénévoles, entrecoupée de témoignages: «Ahmed Meddahi, 64 ans, est mort le 3 janvier 2014 à Paris», «Fernande, 55 ans est morte le 28 avril à Rouen», «Edouard Roussel, dit le coyote, 56 ans, est mort le 4 mars à Villiers-sur-Authie», «Dimitri, 38 ans, est mort le 1er septembre à Bordeaux», «C.M. 67 ans, est mort le 3 octobre à Marseille», «une femme est morte en novembre à Strasbourg»...

Moyenne d'âge des décès: 49 ans, alors que la moyenne nationale est de 82 ans, rappelle le collectif des Morts de la rue, qui chaque année fait ce décompte funèbre, seule source d'information sur les décès de SDF, à partir des éléments dont il a eu connaissance, avec l'aide des associations, des institutions, des particuliers ou des médias.

Depuis le début de cette année, 82 décès ont déjà été recensés

Le plus âgé, un homme prénommé Rabie décédé à Lyon, avait 82 ans. La plus jeune, une petite fille rom prénommée Maria Francesca décédée à Paris le 25 décembre, avait deux mois et demi.

«Vivre à la rue, on en crève», insiste Christophe Louis, président du Collectif, écoeuré par «l'indifférence» et «l'hypocrisie de la part de tous nos politiques», bien loin selon lui, «de la France solidaire» évoquée ces derniers mois.

La plupart ne sont pas morts de froid, même si «on ne s'intéresse à eux que lorsque que les températures chutent», déplore Christophe Louis. Ils meurent le plus souvent de causes violentes (agression, accidents, suicide), de maladies ou d'usure, ajoute Cécile Rocca, membre du Collectif.

«Ce sont des gens que je connaissais»

En fin de journée, quelques centaines de personnes se sont rassemblées sur la place, pour un dernier hommage. A la fin, les participants étaient invités à partir chacun avec un ou plusieurs cubes, «à déposer dans un endroit symbolique».

Rogério, 56 ans, lui-même ancien SDF qui a passé 8 ans dans la rue, en a pris trois. Ceux de «proches», comme Jean-Michel, décédé en janvier à Paris, Celestino décédé en juillet, ou encore «un homme», décédé dans la capitale en juillet également.

«Ce sont des gens que je connaissais, et que j'appréciais», a-t-il expliqué à l'AFP, «ces cubes, je vais les emmener chez moi».«Il y en a trois autres que j'ai connus en centres d'hébergement, mais je ne peux pas tout prendre», se désole-t-il.