Paris doit-elle avoir sa police municipale?

SÉCURITÉ Ce mardi après-midi, Nathalie Kosciusko-Morizet demandera à Anne Hidalgo d’organiser un référendum auprès des Parisiens  à ce sujet…

Fabrice Pouliquen

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Illustration Vie quotidienne Policiers Municipaux en ville Patrouille de forces de police municipale
Illustration Vie quotidienne Policiers Municipaux en ville Patrouille de forces de police municipale — A. GELEBART / 20 MINUTES

Faut-il instaurer une police municipale à Paris? Anne Hidalgo, la maire de Paris, n’échappera pas à la question ce mardi après-midi à l’occasion du Conseil de Paris. C’est l’une des nouvelles règles du Conseil de Paris: la niche et la possibilité offerte à tour de rôle aux groupes politiques composant l’assemblée de soumettre une proposition de délibération. Ce mardi, c’est au tour du groupe des élus UMP dirigé par Nathalie Kosciusko-Morizet de se saisir de cette opportunité.

«Soumettre l'idée aux Parisiens»

Leur proposition de délibération concerne la police municipale à Paris. Ou, plus précisément, l’absence de police municipale à Paris, l’une des rares grandes villes à en être dépourvue aujourd’hui. «Nous demandons à la maire de Paris de soumettre l’idée aux Parisiens», explique NKM.  

La chef de file des élus UMP au conseil de Paris est pour bien entendu : «La police municipale est maillon important dans la politique de sécurité d’une ville. Il est temps de combler ce manque à Paris.»

«Paris a toujours eu une police spécifique»

Mais si Paris n'a effectivement pas de policiers dirigés par sa maire, «la capitale a toujours eu une police spécifique, rappelle Jean-Marc Berlière, historien, spécialiste de l’histoire des polices en France. Parce que c’est le siège des pouvoirs publics, des pouvoirs politiques, des ambassades… La spécificité remonte à Louis XIV.» Mais, se méfiant des Parisiens comme du lait sur le feu, Bonaparte crée une institution toute particulière pour diriger cette police au début des années 1800: la préfecture de police de Paris. «D'une certaine façon, il s'agit d'une police municipale, poursuit Jean-Marc Berlière. C’est la municipalité qui votait son budget, en payait une partie des dépenses. Et ces policiers de la préfecture de police de Paris avaient le statut de fonctionnaires municipaux.»

La loi Frey, en 1968, réintègre la préfecture de police de Paris dans la police nationale. «Le conseil de Paris perd alors une grande partie de ses pouvoirs en matière de politique de sécurité, précise Jean-Marc Berlière. Elle ne dirige effectivement plus sa police.»

Il n'y aurait pas besoin d'embauches

C’est ce pouvoir que Nathalie Kosciusko-Morizet aimerait récupérer aujourd’hui. «Le coût de cette création serait très limité, estime-t-elle. Le personnel existe déjà, il faudrait juste l’affecter à ces nouvelles missions.» NKM parle des ISVP, les Inspecteurs de sécurité de la ville de Paris, et des ASP, les Agents de surveillance de Paris. «Les premiers ont vu peu à peu leurs missions se réduire à la surveillance des parcs et jardins de la capitale et sont aujourd’hui pour beaucoup démotivés par leur travail, estime NKM. Les seconds, les ASP, sous l’autorité du préfet de Police, sont affectés au stationnement. En revoyant les missions de ces deux corps et en mettant les ASP sous l'autorité du maire, Paris pourrait avoir sa police municipale. On pourrait l’affecter à la lutte contre les incivilités, la petite délinquance… De la police de proximité donc.»

Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa-Police, estime que le sujet que veulent mettre sur la table les élus UMP au conseil de Paris n’est pas prioritaire. «Il faudrait d’abord se pencher sur l’organisation de la sécurité en France. Quelles missions exactes donne-t-on aux différentes forces de sécurité? Il est aussi urgent de ne plus baisser les effectifs de la police nationale. Nous avons perdu 13.000 policiers et gendarmes en France entre 2007 et 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy.»