Paris: Excédés, des pharmaciens affichent leurs «murs des voleurs»

FAITS DIVERS Après le Carrefour City du 15e arrondissement, c’est au tour de certaines pharmacies du 10e de placarder sur leurs vitrines des extraits de caméras de surveillance montrant des voleurs présumés…

Romain Lescurieux

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Cette pharmacie entre le 9e et le 10e arrondissement a décidé d'afficher sur sa vitrine des captures d'écran de caméras de surveillance
Cette pharmacie entre le 9e et le 10e arrondissement a décidé d'afficher sur sa vitrine des captures d'écran de caméras de surveillance — R.LESCURIEUX

«Ils sont plusieurs, ils s’habillent à chaque fois différemment et volent de la parapharmacie, des produits de beauté, des couches. Tout y passe», peste Philippe*, gérant d'une pharmacie située rue Maubeuge, entre le 9e et le 10e arrondissement. Alors, Il y a une semaine, il a décidé de placarder sur sa vitrine trois extraits de caméras de surveillance - enregistrés le mois dernier - et montrant à chaque fois un homme dans les rayons, que Philippe a pris soin d’entourer.

Son but: «Dissuader ces voleurs et les autres qui seraient tentés», ajoute-t-il. Et il n'y voit aucun problème. D’autant que cette pratique d'affichage public se propage dans les rues adjacentes du 10e arrondissement. «Nous faisons tous ça dans le quartier», se justifie le jeune homme de 31 ans.

«C’est interdit mais je le fais et je n’ai pas à me justifier»

Il y a quelques semaines, c’est le Carrefour City de la rue de Vaugirard (15e arrondissement) qui placardait – depuis plusieurs années - dans l’entrée du magasin, un «mur des voleurs» d’une quinzaine de clichés, avant de les retirer à la suite d’une vive polémique. Philippe n’évoque aucun lien avec l’initiative du supermarché mais davantage un acte de mimétisme avec son confrère du trottoir d’en face, qui aurait lui affiché son «mur» il y a plus d’un mois.

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Si ce dernier ne confirme pas cette date, il n’hésite en revanche pas à s’emporter sur le sujet. «C’est interdit mais je le fais et je n’ai pas à me justifier», rage-t-il, en balayant toutes questions.

Car cette pratique est bien illégale, comme l’explique cet article de 20 Minutes. Si l’un des «voleurs affichés» veut se plaindre, son avocat commencera par relire la loi du 21 janvier 1995 sur la vidéosurveillance. Il trouvera alors dans l’article 10 de quoi défendre son client. L’alinéa 6 de cet article précise qu’il est interdit de «faire accéder des personnes non habilitées aux images ou d’utiliser ces images à d’autres fins que celles pour lesquelles elles sont autorisées».

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Et la peine est lourde: la loi prévoit trois ans de prison et 45.000 euros d’amende pour ce genre de contrevenant. Mais qu’importent les conséquences, les pharmaciens du 10e arrondissement se disent excédés. Et même ceux qui n’ont pas recours au «mur des voleurs», l’envisagent.  

«Le vol représente entre 10.000 et 15.000 euros de perte par an»

«Je ne le fais pas mais je comprends la démarche. Personnellement, si je suis certain de l’identité des personnes qui me volent pourquoi pas les afficher», commente Pierre*, gérant d'une pharmacie proche du boulevard de Magenta, qui tient à préciser que pour lui «le vol représente entre 10.000 et 15.000 euros de perte par an».

Couches, crèmes de beauté, rasoirs, il déplore aussi des larcins quasi quotidiens et de tout type dans son officine. La raison selon lui? «Nous sommes tout près de la Gare du Nord et de Barbès. Ici plus qu’ailleurs, tout ce qui se vend, se vole et se revend à la sauvette», soutient-il. Pierre dit avoir porté plainte au début mais regrette un manque d’efficacité et de réactivité de la part de la police. «Ça ne sert plus à rien», souffle-t-il.

Contactée par 20 Minutes, une source policière précise toutefois «qu'aucune plainte ou main courante n'ont été déposées à ce sujet aux commissariats du 9e et 10e arrondissement».

* Les prénoms ont été modifiés

La pharmacie de la rue Maubeuge a contacté la rédaction de 20 Minutes pour préciser qu'elle avait enlevé de sa vitrine, le «mur des voleurs», ce vendredi matin.