Paris: La perche à selfie, le phénomène commercial qui agace de plus en plus

TOURISTES La ville lumière est encore relativement préservée par le phénomène, comparé à d’autres capitales européennes. Mais les perches à selfie, ces bâtons télescopiques facilitant les autoportraits, commencent à agacer les musées…

Fabrice Pouliquen

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Deux touristes se prenant en portrait devant la pyramide du Louvre aidés d'une perche à selfie.
Deux touristes se prenant en portrait devant la pyramide du Louvre aidés d'une perche à selfie. — F.Pouliquen/20 Minutes

Qu’est-ce qui passe de 22 cm à un mètre de long, soigne votre narcissisme et envahit les musées de Paris et du monde entier? Facile: la perche à selfie. C’est le nouveau gadget à la mode du touriste, qui ne conçoit pas une photo de vacances sans sa trogne dessus.

On peut même parler d’un phénomène. Et les entrepreneurs français qui ont su le voir s’en frottent aujourd’hui les mains: «Nous en sommes à une petite dizaine de ventes par jour depuis septembre», rapporte Alain Merlier, cofondateur avec sa fille de percheselfie.com, qui vend 24,90 euros des perches à selfies fabriquées en Chine. Même succès pour la marque parisienne Urban Factory, spécialisée dans les accessoires pour appareils électroniques. «Il y a quatre ans déjà, nous avions essayé de commercialiser le produit, raconte Thierry Zeitoun, le directeur d’Urban Factory. Mais sans succès. L’ajout d’un bouton bluetooth pour actionner les photos à distance a remis au goût du jour ces perches à selfie, désormais dans les tops de nos ventes.»

Interdite par précaution au musée de Versailles

A Paris, le phénomène n’a pas encore atteint les sommets observés en Asie ou même à Rome, où les vendeurs à la sauvette pressent les touristes d’acheter les perches à selfie. Mais le produit s’installe doucement en vitrine de plusieurs boutiques de souvenirs de la rue Rivoli. Il n’empêche, ces perches à selfie agacent déjà. Le Château de Versailles vient même de les interdire dans les pièces du château.. «Une mesure de prévention, assure le site touristique. Il n’y a jamais eu d’incidents relevés avec ces perches à selfie. Certaines de nos salles sont étroites et les perches risquent d’abîmer par mégarde des œuvres ou de blesser d’autres touristes.» Aux gardiens désormais de s’assurer que ces perches restent dans les sacs à dos des visiteurs.

Le centre Pompidou pourrait prendre la même voie. Même hésitation au Louvre. «Cela serait bien de les interdire, estime une employée du magasin du musée. Lorsqu’ils manient ces perches, les touristes ne font plus attention à rien. Lorsqu’ils reculent notamment.» Mais le service presse du musée précise que la question n’est pas encore tranchée. «Ces perches posent problème, mais au même titre que les poussettes ou les sacs à dos. Pour l’instant, elles restent autorisées.»

Aucun souci à la tour Eiffel ou au Zénith… Et au PSG? Mystère

Les musées sont-ils les seuls concernés? A la tour Eiffel, en tout cas, on ne s’est jamais posé la question de les interdire, indique là aussi le service presse. Même chose au Zénith, la salle de concert parisienne qui, pour l’instant, voit peu de perches dans la foule des spectateurs.

Au semi-marathon de Paris, le week-end dernier, plusieurs coureurs ont également été aperçus une perche à selfie dans les mains. «Mais ils n’ont provoqué aucun accident», assurent les organisateurs de la course. Et dans les stades de foot? En Grande-Bretagne, des clubs les ont d’ores et déjà interdites, ces «selfie sticks». Mais impossible de connaître la position du PSG pour le Parc des Princes. Contacté, le club a  répondu par un laconique: «Nous ne nous exprimons pas sur ce sujet».

Malgré cette première interdiction, Thierry Zeitoun reste de toute façon serein. «La décision de les interdire prise par le Château de Versailles est raisonnable, indique le directeur d’Urban Factory. La perche à selfie n’est pas adaptée pour être utilisée dans des pièces confinées. Cette première interdiction ne freinera pas les ventes. Le produit séduit beaucoup les jeunes.»