Paris: Des Parisiens en grande précarité exposent leur vision de la ville à travers 30 photos

EXPOSITION Le projet s’appelle «Prises de rues» et a mis entre les mains de treize Parisiens en grande précarité un appareil photo. Le résultat est poétique et déroutant…

Fabrice Pouliquen

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En trente clichés, l'exposition «Prises de rue» donne à Paris  par le regard de treize sans-abris. Lancer le diaporama
En trente clichés, l'exposition «Prises de rue» donne à Paris par le regard de treize sans-abris. — F. Pouliquen / 20Minutes

«Forcément, c’est valorisant… je dirais même réconfortant…» Rue de  Rivoli, Elise peine à décrocher du regard les photographies en grand format accrochées le long de la grille qui ceinture l’hôtel de ville de Paris.

Et pour cause, sur les trente clichés exposés, trois portent sa signature. Jolie reconnaissance pour cette Parisienne qui n’avait jamais touché à un appareil photo il y a quelques mois encore. C’est le cas d’ailleurs de la majorité des treize photographes présentés dans cette exposition inaugurée ce jeudi et qui pliera bagage le 19 mars prochain.

1.5000 photos étonnantes de la capitale

Le projet s’appelle «Prises de rue» et a mis entre les mains de treize parisiens sans abris ou en grande précarité des appareils photo pendant un mois, du 17 novembre au 15 décembre. «Ils ont été encadrés par des étudiants d’écoles de photographie parisiennes, Icare et Louis-Lumière notamment, mais aussi par un photographe professionnel Jean-Paul Lozouet», raconte Elisabeth Tiberghien, présidente de l’association Deuxième Marche qui vient en aide aux démunis parisiens.

Ensuite, ce fut à ces treize parisiens de jouer, d’arpenter les rues d’une capitale qu’ils connaissent si bien pour y avoir parfois passé le jour comme la nuit pendant de longues années. Le résultat? 1.500 photos étonnantes de la capitale. Toutes poétiques et la plupart avec leur touche d’humour. Comme celles d’Elise: «J’ai joué sur des choses saugrenues que j’avais repérées depuis bien longtemps dans mon quartier, explique-t-elle. Ce panneau sens interdit dessiné sur un mur à l’entrée d’un garage souterrain… Qui aurait l’idée de foncer dans le mur? Ou un numéro de rue qu’on trouve sous un pont à proximité de la place Nation.»

«Mes photos parlent un peu de moi»

Lorenzo, lui aussi, a arpenté les rues dans lesquelles il a longtemps dormi. «Mes photos parlent un peu de moi, raconte-t-il en pointant notamment du doigt le cliché d’un tunnel sombre d’où apparaît au bout la lumière. Moi aussi, après avoir longtemps vécu dans la rue, je commence à en sortir et à entrevoir des jours meilleurs.»

Ce projet «Prises de rue» l’aide encore un peu plus à redresser la tête. «Je suis venu dès ce jeudi matin voir l’exposition. J’ai vu un couple s’arrêter devant l’une de mes photographies, visiblement interpellé. Quand ils ont su que j’en étais l’auteur, ils m’ont dit bravo.»

D’autres expositions à venir

Ce n’est pas le seul retour reçu par les treize néophotographes de Prises de rue. «Nous avons déjà fait l’objet d’une première exposition, à la galerie de Suzanne Tarasieve (19e) qui nous a permis de vendre une quarantaine de photos*, indique Elisabeth Tiberghien. Trois autres expositions, après celle à l’hôtel de ville, sont en cours de finalisation. Quant à  Lorenzo et  Elise, ils ne lâchent plus leur appareil photo… 

*Les photos Prises de rue peuvent toujours être achetées. Plus d'information en entrant en contact avec l'association La deuxième marche via leur site Web.