Pacte contre l’exclusion: «Sans Emmaüs Défi, je serais encore dans la rue»

REPORTAGE La Mairie de Paris en présence des institutions et associations engagées dans la lutte contre l’exclusion ont signé ce mercredi à l’Hôtel de Ville le «Pacte parisien 2015-2020»…

Romain Lescurieux

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Une personne en CDD d'insertion au sein du Bric-à-brac d'Emmaüs dans le XIXème arrondissement de Paris
Une personne en CDD d'insertion au sein du Bric-à-brac d'Emmaüs dans le XIXème arrondissement de Paris — R.LESCURIEUX

Dans les allées du Bric-à-brac d’Emmaüs, situé dans le 19e arrondissement, Eddy, s’active. Il distribue des sacs, répond aux interrogations des clients, les oriente et prépare les commandes. Le mercredi, le magasin est ouvert et il y a foule. Mais pas de quoi impressionner ce quarantenaire. «Au début, je travaillais ici quatre heures par semaine, puis six heures, huit heures, etc. C’est allé très vite», détaille-t-il, la casquette vissée sur la tête.

Lui, qui est resté deux ans sans domicile fixe, à «errer entre la rue et des chambres d’hôtel» après un passage en prison, a signé il y a quelques mois un contrat d’insertion de 26 heures par semaine. Et ce, après quatre mois de travail graduel. Ce programme unique et progressif, répondant au nom de «Premières heures» a été mis en place par Emmaüs Défi en 2008. Et prend ce mercredi, une autre ampleur.

«Il y avait un trop grand écart entre la rue et le contrat de 26 heures»

La Mairie de Paris, en présence d’institutions, d’entreprises et d’associations engagées dans la lutte contre l’exclusion -«grande cause» de la mandature d’Anne Hidalgo- ont signé à l’Hôtel de Ville un «Pacte parisien 2015-2020» comprenant 106 mesures. Un schéma d’actions qui comprend certains engagements inspirés directement des «recettes» inventées par Emmaüs Défi pour sortir les personnes de la rue. Dont ce dispositif, «Premières heures».

«Nous avions constaté qu’il y avait un trop grand écart entre la rue et le contrat de 26 heures», explique Nicolas, d’Emmaüs Défi. Face à la perte de la notion d’horaires, des jours de la semaine, de certains réflexes, ce «laboratoire d’idées» d’Emmaüs a donc décidé de mettre en place ce système pour permettre aux personnes «dans un premier temps, de se resocialiser, se remobiliser, reprendre confiance en soi et se rendre compte qu’on est capable», ajoute-t-il. Et selon l’association, 90% des salariés qui ont eu recours aux «Premières heures» ont accédé à un contrat d'insertion classique. De quoi en faire un outil majeur de ce pacte parisien.

«Une bonne chose que la ville se saisisse du dossier»

«Issu d’une dynamique partenariale très constructive, ce pacte impulse une nouvelle manière d’agir, qui décloisonne et coordonne les approches, les réponses et les dispositifs. Il garantit l’accès aux droits de tous et permet d’insérer durablement le plus grand nombre de personnes en situation de grande exclusion», souligne Dominique Versini, adjointe à la Maire de Paris en charge de la lutte contre l’exclusion, dans un communiqué. Emmaüs Défi s’en félicite.

Selon une étude de l'Insee et l'Atelier parisien d'urbanisme (Apur) datant de juin dernier, il y avait dans l’agglomération parisienne, en 2012, 28.800 sans domicile fixe dont 4.000 dans la rue quotidiennement. «Il y a 130 personnes en réinsertion dans le Bric-à-brac, c’est donc une bonne chose que la ville se saisisse du dossier pour les plus de 3.000 qui restent», affirme Nicolas. Mais malgré la signature du pacte, l’association ne crie pas victoire.  

«Il ne faut pas sous-estimer la difficulté», s’exclame Sophie Roche, responsable du programme «Convergence», qui adapte les besoins de la personne et met en réseau tous les acteurs nécessaires pour la sortir de la rue. «Les outils sont là, nous savons ce qu’il faut faire mais maintenant il faut le faire tous ensemble», poursuit-elle. En attendant, «Premières heures» continue de prouver ses bons résultats. «Sans ce programme d’Emmaüs Défi, je serais encore dans la rue», souffle Eddy, qui signera en avril un contrat professionnel dans la grande distribution.