Paris: Tu casses un vélib? Tu le répares

DELINQUANCE Depuis le printemps 2013, une cinquantaine de mineurs interpellés pour vol, recel ou dégradation de vélib ont préféré un stage de réparation pénale aux poursuites judiciaires...

Fabrice Pouliquen

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Les salariés de l'atelier de réparation de vélib du 12e arrondissement de Paris, accueillent régulièrement des mineurs en stage de réparation pénale pendant les vacances scolaires.
Les salariés de l'atelier de réparation de vélib du 12e arrondissement de Paris, accueillent régulièrement des mineurs en stage de réparation pénale pendant les vacances scolaires. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Ils ont l'air un peu perdu au milieu de la dizaine de salariés qui font cliqueter leurs outils sur des vélibs cabossés. Il faut dire que Mickaël et Omar* ont respectivement 16 et 17 ans, découvrent pour la première le monde du travail et ne sont sans doute pas très fiers non plus d’être là.

«Tu casses, tu répares»

Ces deux Parisiens auront sans doute préféré passer une de leur journée de vacances ailleurs que dans le centre de réparation de vélib’ de la rue Sergent-Bauchat (12e), l’un des quatre principaux ateliers qu’exploite en Île-de-France Somupi, la filiale de JCDecaux en charge du parc de vélos en libre-service.

Mais tous deux ont été attrapés par la police sur un vélib volé, racontent-ils. Le deal était le suivant : soit ils passaient devant le juge, soit ils acceptaient de se plonger une journée complète avec ceux qui réparent tous les jours les vélos vandalisés.

Le dispositif s’appelle «Tu casses, tu répares». Il a été mis en place au printemps 2013 à la suite d’une convention entre la ville de Paris, le parquet et Somupi. «Depuis, une cinquantaine de jeunes, de 13 à 19 ans, ont été accueillis ici, rue Sergent-Bauchat ou dans nos ateliers de Seint-Denis et du 13e arrondissement», indique Pierre Foulon, médiateur chez Somupi. Ils étaient tous mineurs au moment de leur interpellation et sont primo-délinquants, c’est-à-dire sans casier judiciaire.»

«Cela fait forcément réfléchir»

Ces jeunes arrivent en binôme, jamais plus, et toujours pendant les vacances scolaires. «Ils ne font pas non plus de réparation de vélos, ils n’ont pas été formés pour», poursuit Pierre Foulon. Du coup, Mickaël et Omar étaient plus là en appoint de l’équipe habituel. «On a déchargé les vélos cassés des camions et dévissés des pièces...», raconte Michaël. Rien de passionnant à première vue, mais formateur tout de même. «Quand on voit des gens se réveiller tôt et travailler dur pour réparer ces vélib’, cela fait forcément réfléchir », poursuit Michaël.

Ces stages de réparation pénale n’ont pas d’autres buts : «C’est un excellent moyen de sensibiliser», rappelle Pierre Foulon. Les jeunes peuvent refuser cette alternative aux poursuites judiciaires. «Mais très peu le font», indique un éducateur de l’Association Aide pénale (AAPé) qui agit dans la réinsertion et la prévention de la récidive. Et dans la cinquantaine de jeunes accueillis dans des ateliers de réparation de vélib, Pierre Foulon est formel : «Aucun n’a récidivé».

«Développer de nouveaux stages de réparation pénale»

Le souci, c’est que ce dispositif est limité. Mickaël et Omar n’ont passé d’ailleurs qu’une journée de stage au lieu des deux prévues initialement par le dispositif. La liste d’attente est tout simplement trop importante. «C’est aussi pour ça que nous essayons de développer d’autres dispositifs de réparation pénale, annonce à 20 Minutes Colombe Brossel, adjointe d’Anne Hidalgo chargée de toutes les questions relatives à la sécurité et à la prévention. Des discussions sont bien engagées avec l’entreprise Evesa, qui s’occupe de l’éclairage public parisien, pour proposer des stages à des mineurs auteurs de dégradations sur l’espace public. Le dispositif pourrait être mis en place avant cet été.»

Les bailleurs sociaux parisiens aussi pourraient se mettre à la réparation pénale pour les dégradations commises par des mineurs dans leurs immeubles. «Pourquoi pas dès 2016», lance Colombe Brossel.

*Les prénoms ont été changés.