Attentats à Paris: «Un mois après, la douleur reste»

HOMMAGES De la place de la République à l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, en passant par les locaux de «Charlie Hebdo», les lieux des attaques terroristes sont devenus pour certains des points de pèlerinage…

Romain Lescuieux
La rue Nicolas-Appert, un mois après les attentats
La rue Nicolas-Appert, un mois après les attentats — R.LESCURIEUX

Les fleurs fanées et la cire séchée côtoient des dessins fraîchement collés. Ce mercredi, Nathalie, la cinquantaine, est venue montrer la place de la République à ses parents originaires de Lille. «C’est vraiment un lieu de pèlerinage, de recueillement pour ne pas oublier ce qu’il s’est passé», souffle-t-elle. Sa mère, la tête haute et les yeux humides braqués sur une pancarte taguée «Hommage à nos héros», n’a que ces quelques mots: «C’est touchant.»

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Malgré l’empreinte du temps, la place de la République, les locaux de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher continuent - un mois après les attentats qui ont fait 17 morts - de vivre «Charlie» à travers les vestiges des différents rassemblements organisés en janvier. Et les marques de passages plus récents.

«Nous nettoyons les lieux, rallumons des bougies»

Nicolas, 40 ans, fait également «la visite» à ses parents venus de Tours. «Nous étions à la marche républicaine en famille mais il y avait tellement de monde que nous avons rebroussé chemin», affirme ce Francilien qui n’était pas revenu sur les lieux depuis. Accompagné de ses deux enfants, il lit les messages inscrits au marqueur ou à la craie, sur le socle de Marianne. «Un jour, il faudra tourner la page. Mais ce serait bien de laisser sur cette statue un petit témoignage dans un coin pour se souvenir», poursuit-il.

Si l’endroit est devenu un tel site de mémoire, c’est en partie grâce à l’œuvre d’un groupe. En effet, depuis le 13 janvier, trois fois par semaine - les lundis, mercredis et dimanches - des membres du collectif «17 plus jamais» en hommage aux 17 victimes des attentats viennent entretenir ce «mémorial improvisé». «Nous nettoyons les lieux, rallumons des bougies et protégeons les messages dans des pochettes en plastique», raconte Sabrina, qui a «commencé seule le premier jour avec sa pelle et son balai» puis très vite rejoint par des anonymes pour faire de la République «un vrai lieu de recueillement», ajoute-t-elle. A quelques kilomètres, la rue Nicolas-Appert est, elle, plongée dans un silence toujours aussi glacial.

«Ça touche de voir encore autant de gens présents dans cette rue»

Sur le trottoir devant un parterre de fleurs, un groupe de jeunes retrace l’itinéraire des tireurs. En formation à Paris, ils sont venus de toute la France et ont décidé de passer devant les locaux de Charlie Hebdo pour «se rendre compte de ce qu’on a pu voir à la télé ou sur les réseaux sociaux», commente Romain, un Montpelliérain. «Même un mois après, la douleur reste. C’est encore gravé. Mais ça touche de voir autant de gens présents dans cette rue, ça prouve que qu’ils se sentent toujours concernés», enchérit Aurélie, 27 ans. Des personnes continuent d’ailleurs d’affluer dans cette rue. Et à aucun moment l’endroit ne semble laissé à la solitude. Comme à la Porte de Vincennes, où les bouquets de fleurs encerclent l’Hyper Cacher.

Ben, 45 ans, chauffeur de taxi, attend son client. En regardant les mots laissés à terre en hommage aux victimes de l’Hyper Cacher, il dit avoir encore du mal à réaliser ce qui est survenu le mois dernier. «Qui aurait pu penser qu’une telle chose arriverait chez nous», s’exclame-t-il. Il appelle désormais au mouvement et à passer à autre chose. «Maintenant il faut nettoyer, pourquoi pas mettre une plaque, mais il faut reprendre une vie pour être debout et montrer qu’on n’a pas peur», lance-t-il, en se redirigeant vers son véhicule.