Candidature des toits de Paris à l’Unesco: Les toiturophiles la regardent d’en haut

INSOLITE Le comité de soutien à la candidature des toits de Paris au patrimoine mondial de l’Unesco est officiellement lancé ce jeudi 5 février…

Romain Lescurieux
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Un toiturophile sur un toit donnant place Vendôme
Un toiturophile sur un toit donnant place Vendôme — Édouard B.

Panthéon, église Saint-Sulpice, Musée d’Orsay, 36 Quai des Orfèvres… La liste des conquêtes d’Edouard est encore longue et compte également tous les ministères de la place de Paris. Car la passion de ce toiturophile de 34 ans, c’est de grimper sur les toits pour admirer les villes.

«J’ai beaucoup pratiqué dans la capitale de 2000 à 2010», affirme-t-il, après avoir débuté sa singulière activité à 8 ans, en grimpant sur la toiture de son école des Ulis (Essonne). «Ce jour-là, j’ai trouvé une trousse et un ballon. J’ai alors décidé de continuer ma chasse aux trésors», rigole-t-il. Alors qu’un comité de soutien à la candidature des toits de Paris au Patrimoine mondial de l’Unesco est lancé ce jeudi, qui sont ces hommes qui se hissent sur les toits, loin des regards?

«Une fois là-haut, ça prend aux tripes»

Dans le domaine de l’Urbex ou «exploration urbaine», les toiturophiles sont les cousins des passionnés de friches et les amis des cataphiles, qui furètent dans les souterrains. Sur les toitures d’immeubles, d’établissements publics ou de monuments historiques, seul ou en petit groupe, les toiturophiles ont les yeux qui plongent. Avec ce seul plaisir: «Une fois là-haut, on voit la ville autrement et au calme. Ça prend aux tripes», s’exclame Edouard. Un constat partagé par Pierre-Henry.

«Quand on est Parisiens et que l’on veut prendre de la hauteur, il n’y a que la Tour Eiffel et la Tour Montparnasse qui ne proposent en fait qu’une vue aérienne», détaille ce trentenaire. Alors que sur les toitures, Pierre-Henry cherche les «détails», des «alignements» de monuments, une «autre vision». En prenant toutes les précautions.

Une pratique interdite?

«J’évite à cette période de l’année où ça peut glisser et d’autant plus en ce moment avec un plan Vigipirate», note Pierre-Henry. Il constitue également à chaque fois un dossier, pour demander au syndic ou au propriétaire d’un lieu s’il peut monter sur le toit, «mais ça reste lettre morte dans 90 à 95% des cas». Alors, comme Edouard, il fait avec les moyens du bord et profite des absences de surveillance. «C’est de la débrouille. Nous passons par l’extérieur grâce à des prises, des échelles ou des échafaudages», énumère le jeune homme.

Si explorer les toits pourrait exposer le toiturophile à des accusations de pénétration dans le bien d’autrui, d’espionnage ou d’atteinte à la sûreté de l’État, la Préfecture de Police évoque un phénomène «anecdotique qui ne va plus loin que des gardes à vue». D’autant que les toiturophiles n’évoquent ni effractions, ni dégradations, lors de leurs sorties. «Nous nous réapproprions simplement un espace qui n’est pas public, qui est inaccessible mais qui pourtant pourrait l’être», soutient Edouard. Et c’est en substance, le projet de la mairie du IXème arrondissement.

«J’espère cette candidature ne va pas dénaturer les toits» 

En classant les toits au patrimoine mondial de l’Unesco, «nous voulons mettre en valeur un patrimoine méconnu et inaccessible pour aider Paris à innover en apportant un nouvel usage à cette cinquième façade», a expliqué récemment la maire du 9ème Delphine Bürkli, à l’origine de cette initiative. Avec notamment des bars, des restaurants, des piscines ou un simple point de vue. Les aficionados de la grimpette trouvent, eux, l’initiative intéressante mais émettent quelques réserves.

«A l’image des chambres de bonne tout ce qui à de la hauteur devient hors de prix à Paris. J’espère juste que cette candidature ne va pas dénaturer les toits», soupire Edouard. Pierre Henry, lui, a peur «que ça impose des contraintes rendant notre pratique plus compliquée». Mais le côté partageur d’Edouard prend le dessus. «J’aimerais que les Parisiens voient ce que j’ai longtemps admiré». Lui, qui se poste désormais sur les hauteurs de Lyon.