Courbevoie: «Nous récupérons chaque soir 10 kilos de nourriture pour les plus démunis»

SOCIAL Depuis le 5 janvier, les lundis, mercredis et vendredis soir des bénévoles distribuent de la nourriture aux familles modestes et aux SDF...

Romain Lescurieux

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Arash Derambarsh, à l'initiative des distributions solidaires à Courbevoie
Arash Derambarsh, à l'initiative des distributions solidaires à Courbevoie — R.LESCURIEUX

Le rideau de fer vient d’être abaissé, mais le hall de sortie du supermarché reste en pleine effervescence. Autour des chariots, il y a Arash, Catherine, Arthur ou encore Alexandre. Tous s’activent. «Qui veut de l’eau?», «Il y a de la mousse de canard», «redonne-moi un sac!», lancent-ils devant une vingtaine de personnes, qui récupèrent, à tour de rôle, un cabas plein de nourriture. Les gestes sont rodés. Et pour cause.  

Depuis le 5 janvier dernier, tous les lundis, mercredis et vendredis soir, à Courbevoie, ces bénévoles se retrouvent à plus de dix, pour une distribution d’invendus à destination de personnes qui sont dans le besoin. En l’occurrence «ces familles modestes qui sont sous l’eau le 10 du mois et les sans-abri», détaille Arash Derambarsh, 35 ans, chef d’orchestre de cette «action citoyenne».

«Les supermarchés jettent 20 à 30 kilos de nourriture par jour»

«A 20 ans, j’ai connu la faim. Et j’ai eu honte de le dire. A ce moment-là, j’aurais aimé tomber sur quelqu’un comme moi», raconte-t-il, avec une tchatche implacable, au milieu des bénévoles et sous la lumière des néons. Alors, quand il a été élu conseiller municipal DVD (Divers droite) de Courbevoie, Arash Derambarsh a décidé de récupérer les invendus d’un magasin, juste avant qu’ils ne soient jetés, pour les redonner immédiatement, afin de «ne pas briser la chaîne du froid».

«Les supermarchés jettent 20 à 30 kilos de nourriture par jour. C’est impensable avec la hausse de la pauvreté. Alors, nous en récupérons chaque soir 10 kg, soit 450 euros, pour les distribuer aux plus démunis», énonce-t-il. A côté de lui, Zohreh, une bénévole admire les chariots qui se vident. «Au début, nous avions principalement des légumes. Maintenant, nous avons des salades, des sandwichs, de l’eau», souffle-t-elle.

Mais Arash Derambarsh veut étendre ce principe dans un cadre légal. «Nous demandons un amendement au projet de loi Macron pour imposer à tous les supermarchés de France de donner leurs invendus tous les soirs à une ou plusieurs associations pour une redistribution aux plus modestes. Et s’ils refusent, c’est l’amende», assène-t-il. Afin de sensibiliser l’opinion, il a aussi lancé une pétition - rédigée avec Mathieu Kassovitz, parrain de cette action - qui a récolté près de 40.000 signatures.

«Je me sens utile et vivante»

Dans le labyrinthe du quartier de la Défense, Arash est chez lui. Ce «gamin du quartier» pointe du doigt les tours du quartier d’affaires. «Ici, c’est ce qui se fait de mieux. Du moins en façade. Car la réalité est tout autre», dit-il. Dans les parkings, les halls d’immeubles ou un local à poubelles, le groupe descend à la rencontre de Jean-Michel ou encore Dylan, des sans-abri. Ils parlent avec eux, vident leur sac et repartent. Entre organisation des prochaines sessions, coups de gueule et confidences, ils poursuivent leur maraude vers la dalle de la Défense.

«J’ai été dans cette situation. Aujourd’hui, j’en suis sortie et en distribuant de la nourriture, je me sens utile et vivante», explique une jeune femme. Catherine, elle, s’insurge. «Coluche doit se retourner dans sa tombe. Après toutes ces années, nous sommes encore obligés de faire le boulot des pouvoirs publics. C’est révoltant. Il faut que cet amendement passe», insiste-t-elle. Car cette initiative doit s’arrêter fin février.

Mais Arash Derambarsh est confiant. Ce mercredi, il est auditionné à l'Assemblée Nationale par les députés. Une première étape. Mais à terme, «si ça passe, cette initiative se déroulera tous les soirs», sourit-il.