Paris: Après neuf jours de grève, les «dames pipi» reprennent du service

SOCIAL Les salariées chargées du nettoyage des toilettes de plusieurs gares parisiennes reprennent ce mercredi le travail, avec leur société initiale, dans un premier temps…

Romain Lescurieux

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Après un conflit d'une dizaine de jours, les personnels des toilettes des gares parisiennes gardent leurs emplois.
Après un conflit d'une dizaine de jours, les personnels des toilettes des gares parisiennes gardent leurs emplois. — R. LESCURIEUX

Des usagers de la gare Saint-Lazare se précipitent vers l’entrée des toilettes, toquent et repartent aussi vite. Ce mardi après-midi, les portes sur lesquelles sont placardés les tracts des syndicats et des messages de soutiens d’anonymes étaient encore bloquées par les «dames pipi». Mais plus que pour quelques heures.  

A l’intérieur, elles sont une dizaine à commencer à saluer la victoire en marquant quelques pas de danse. «La grève est presque finie, nous reprenons sûrement le travail ce mercredi, mais nous attendons que ce soit écrit noir sur blanc et signé par toutes les parties», s’exclame Akua Obiri, 27 ans d’ancienneté et «meneuse» de la grève des «dames pipi» de Saint-Lazare.

Inquiétude dans le couloir des urinoirs

C’est ici que le mouvement avait débuté, le 12 janvier, avant de gagner la Gare du Nord, celle de Marne-la-Vallée et la gare d'Austerlitz, selon FO-propreté. En tout, le mouvement était suivi par 36 agents de nettoyage de la société Spacio, qui dénonçaient la volonté du nouveau prestataire (voir encadré), 2theloo, de ne pas vouloir les reprendre automatiquement, malgré l'obligation figurant dans la convention collective du secteur de la propreté.

Sauf que 2theloo «n'a pas considéré automatique la reprise du personnel» au motif qu’ils «relevaient d’une convention collective différente de celle des entreprises de nettoyage et n’avait donc pas cette obligation», affirme-t-on à la SNCF. L’inquiétude s’installe alors dans le couloir des urinoirs.

«Nous voulons simplement le même contrat»

«Cette situation n’était pas acceptable. Nous ne sommes pas contre un repreneur, nous voulons simplement le même contrat», enchérit Akua Obiri, debout, face à ses collègues appuyées contre les lavabos.

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Alors, durant neuf jours, elles ont «gardé les clefs» et tenu les lieux de 6h à minuit, en se relayant par équipes deux ou trois personnes et en ne laissant entrer que «les femmes enceintes et les personnes handicapées», tiennent-elles à préciser en chœur. Et finalement, elles ont obtenu gain de cause.

«Tous les salariés conservent ancienneté et acquis»

En effet, un protocole d’accord a été signé ce mardi soir lors d'une réunion du comité d'entreprise, précisant que «tous les salariés conservent leur ancienneté et seront repris dans les mêmes conditions avec leurs acquis sociaux», mais «pas par le nouveau prestataire dans un premier temps», déclare à 20 Minutes, Hortense Betare, juriste du syndicat FO, qui a assisté les salariés sur ce conflit.

«Spacio voit son contrat prolongé par la SNCF dans l’attente d’une mise en conformité du nouveau prestataire avec la loi française. Celui-ci doit intégrer la convention collective de propreté», commente-t-elle. Une information confirmée par la SNCF, qui n’aurait toutefois pas donné spécifiquement de délais. Mais pour Hortense Berate, «tant qu’ils ne seront pas en conformité, ils ne pourront pas travailler avec la SNCF» qui paiera une partie «des jours de grève» mais se félicite de cette sortie de crise qui «représente une bonne nouvelle pour les salariés comme pour les clients».

Suite à un appel d'offres passé par la SNCF, la gestion des toilettes de l'ensemble des gares françaises a été confiée à la société 2theloo avec l'objectif de «relever d'un cran le niveau de services» et de répondre ainsi à «une forte attente des clients», explique-t-on à la SNCF, «en déployant un concept innovant de boutiques-toilettes dans plus de 30 grandes gares françaises» et précise pourtant avoir «demandé (aux postulants) d'être extrêmement vigilants à la reprise des personnels des entreprises de nettoyage concernées».