Attaque à «Charlie Hebdo»: La communauté musulmane redoute «une montée des amalgames»

ATTENTAT De Barbès à la Grande Mosquée de Paris, la communauté musulmane est sous le coup d’une vive émotion, après l’attentat de «Charlie Hebdo» et d’attaques en direction de mosquées…

Romain Lescurieux

— 

Plusieurs confessions religieuses étaient réunies à la Grande Mosquée de Paris pour une minute de silence, le 8 janvier 2015.
Plusieurs confessions religieuses étaient réunies à la Grande Mosquée de Paris pour une minute de silence, le 8 janvier 2015. — Romuald Meigneux/SIPA

Le boulevard Rochechouart ruisselle. Accoudé au comptoir, Abdel attend les clients de son restaurant. «Avec cette attaque contre Charlie Hebdo, je crains que les gens nous mettent encore plus dans le même sac», soupire cet homme de 56 ans. Né en Algérie et arrivé en France il y a 17 ans, Abdel évoque sa consternation et un certain sentiment d’insécurité.

>>Pour suivre en direct les événements de ce jeudi, c'est par ici

Après l’attaque dans les locaux de Charlie Hebdo, qui a coûté la vie à douze personnes, des lieux de culte musulman ont été visés par des tirs d'armes à feu et autres projectiles, mercredi soir au Mans et à Port-la-Nouvelle dans l’Aude. A Villefranche-sur-Saône, une explosion d'origine criminelle s'est également produite ce jeudi matin devant un kebab jouxtant la mosquée de la ville. «L’islamophobie est en train de prendre encore plus d’ampleur», commente Abdel. Le regard concentré, il poursuit: «J’ai peur de devoir regarder derrière moi maintenant. Alors que les tireurs n’ont absolument rien à voir avec nous, ce sont des terroristes. Rien de plus», dit-il. A quelques rues de là, Abdel, la trentaine, attend, lui, le stock pour son magasin. Et son constat sur la situation est le même.

«Qu’importe la confession, les gens doivent se réveiller»

«Ces attaques contre Charlie et des lieux musulmans n’ont rien de bon pour la France, pour les Musulmans, pour personne», explique ce jeune marocain. Les clients de son échoppe défilent au compte-gouttes, achètent une bière à la volée ou une bouteille de vin, débouchonnée sur place. Ils commentent l’actualité. Un peu. «Vraiment, tout ce qu’il se passe me fait mal au cœur. Personne ne peut accepter ça», abrège-t-il.

La plupart des grandes fédérations musulmanes ont appelé ce jeudi «les imams de toutes les mosquées de France» à condamner «avec la plus grande fermeté la violence et le terrorisme» lors de la grande prière de vendredi. Dans un communiqué, les dirigeants du Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative de l'islam de France, ainsi que l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) appellent également «les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement la manifestation nationale» prévue dimanche. Pour Touhami, c’est certain, il sera présent. Pour «Charlie», pour Cabu, «cet homme de valeur». «Qu’importe la confession, les gens doivent se réveiller», affirme-t-il. 

«Aucun amalgame ne doit être fait»

Pour ce Tunisien de 57 ans, qui s’inquiète d’une dégradation de la situation, la mobilisation est déjà une des solutions. «J’ai peur d’une montée des amalgames car ils ne mènent qu’à la haine. Des gens doivent encore comprendre que ces fous, ces assassins n’ont rien à voir avec nous». Un message véhiculé quelques heures plus tôt, lors de la minute de silence observée à la Grande Mosquée de Paris en présence des représentants des différentes confessions.

«Aucun amalgame ne doit être fait entre la communauté musulmane et ces barbares», a annoncé Dalil Boubakheur, recteur de la Grande Mosquée et président du Conseil français du culte musulman, qui a également affirmé vouloir combattre «le phénomène d’intégrisme et de terrorisme» via «toutes les sources qui y mènent».


par 20Minutes

<<< A lire aussi l'interview de Malek Chebel, anthropologue des religions et spécialiste de l'islam: «Certains Français vont plus que jamais assimiler islam et islamisme»