Attaque de Charlie Hebdo: «La liberté d'expression est comme cette bougie. Ce soir, elle s'éteint mais nous la rallumerons»

ATTENTAT Entre colère, tristesse et indignation, 35.000 personnes se sont réunies ce mercredi soir place de la République pour «Charlie»…

Romain Lescurieux

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Strasbourg le 7 janvier 2015. Charlie Hebdo. Rassemblement en hommage au journal satirique Charlie Hebdo. Strasbourg
Strasbourg le 7 janvier 2015. Charlie Hebdo. Rassemblement en hommage au journal satirique Charlie Hebdo. Strasbourg — G. Varela \ 20 Minutes

Peu de mots, beaucoup d’accolades et des sourires entre inconnus. Certains essayent de comprendre ce qu’il s’est passé, d’autres refont l’itinéraire des tireurs. Mais tous cherchent leurs mots, les yeux fixes, parfois humides mais loin d’être vides. Foulards rouges, stickers et pancartes Je suis Charlie, cartes de presse ou stylos…Chacun brandit ce qu’il a de plus cher. Du moins pour cette soirée particulière, en hommage à lui. «Charlie».

>>Suivez la situation en direct après l'attaque dans les locaux de «Charlie Hebdo» 

Ce mercredi soir 35.000 personnes se sont réunies place de la République, non loin du siège de la rédaction de Charlie Hebdo, selon la préfecture de police. Un événement spontané parti des réseaux sociaux auquel de nombreux syndicats ont participé, et en présence de partis et personnalités politiques, pour défendre «la liberté».

A 17 heures, la place se transforme déjà en une fourmilière. Cécile Duflot invite à «défendre les valeurs de ceux qui sont morts ce matin», Valérie Pécresse s’immisce, elle, quelque temps plus tard dans la foule, bardée de son écharpe tricolore. Mais «ce soir c’est citoyen», affirme, Adrien 23 ans.

«Les gens doivent se réveiller»

Comme d’autres, il est arrivé dans les premiers, avec sa pancarte homemade «Charb mort libre» pour montrer aussi que ce mouvement n’a rien de politique. «C’est important que le peuple soit là ce soir. Les gens doivent se réveiller», poursuit-il, le regard déterminé. «Il ne faut pas que Charb et toute la bande ne soient morts pour rien. Je suis en colère face à la haine. Au-delà de Charlie, on touche à la République», s’exclame le jeune homme.

Pendant ce temps, les gens font le tour de la colossale statue Marianne. Le silence, lui, ne se limite pas à une minute et n’est violé que par le carillon des gyrophares. En une heure, la foule de place de la République déborde hors des trottoirs. Tous les âges, tous les styles se confondent. «C’est très important pour nous les Kurdes d’être ici. Ce soir nous avons mal au cœur», confie Ulker, 60 ans, responsable du conseil démocratique kurde en France.

«Un cri du cœur»

Christian, 50 ans, se définit comme «lecteur occasionnel», avec une banderole badigeonnée à la main «en dix secondes» (voir tweet). «C’est un cri du cœur», soupire ce barbu, la clope au bec et la veste polaire remontée jusqu’au cou. Il est aussi arrivé dans les premiers et parle d’«initiative citoyenne», d’un «attentat contre un droit fondamental». Les mots se chevauchent à sa pensée. «Je ne partage pas toutes les opinions de Charlie Hebdo mais là il y a une volonté d’extermination. C’est dégueulasse», préfère-t-il conclure.

La foule ne désemplit pas, applaudit et scande: « Liberté d’expression». Soudain, un homme gravit la Marianne, comme pour se sentir vivant et libre. Dans ce sens, les gens le saluent à l’unisson. Puis, certains allument une bougie. Parfois, en groupe. Ou seul. Mais plus de 100.000 personnes se sont rassemblées dans toute la France. 13 et 15.000 à Rennes, entre 10 et 15.000 à Lyon, 10.000 à Toulouse et 7.000 à Marseille, selon des chiffres de la police dans ces différentes villes. Tous, pour une seule et même cause.

>> «Charlie Hebdo»: Message de «20 Minutes»

«La liberté d'expression est comme cette bougie. Ce soir elle s'éteint mais nous la rallumerons», esquisse Samir, 53 ans, venu seulement quelques minutes place de la République, pour rendre un «dernier hommage» à ces journalistes, policiers et à la liberté. Bref, à «Charlie».