Bébé rom enterré à Wissous: La détresse des parents fait un peu oublier la polémique

REPORTAGE Maria Francesca, le nourrisson rom mort le lendemain de Noël, a été enterrée dans les larmes ce lundi midi à Wissous (Essonne). Loin de la polémique de ces derniers jours...

Fabrice Pouliquen

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La famille de Maria Francesca, bébé rom décédé de la mort subite du nourrisson le lendemain de Noël, accompagne son cercueil au cimetière de Wissous dans l'Essonne.
La famille de Maria Francesca, bébé rom décédé de la mort subite du nourrisson le lendemain de Noël, accompagne son cercueil au cimetière de Wissous dans l'Essonne. — F. Pouliquen / 20 Minutes

Les cris désespérés de Ielena et Mannix ont glacé un peu plus encore l’air du cimetière de Wissous (Essonne), plongé ce lundi midi dans le brouillard. C’est là, dans un cimetière accolé aux pistes de l’aéroport de Roissy, que les parents de Maria Francesca ont obtenu le droit d’enterrer leur nourrisson. Ils auraient préféré l’inhumer à Champlan, à 7 km de là, où ce couple rom vit depuis 2013. Mais la mairie s’y est opposée, déclenchant de vives réactions ce week-end y compris celle de Manuel Valls, le Premier ministre, sur Twitter dimanche.

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«Apporter notre soutien aux parents»

En quelques secondes, la détresse de Lelena et Mannix a fait oublier la polémique des derniers jours. A Wissous, ce lundi midi, il n’était question que d’une mère enterrant son nourrisson de deux mois. «C’est pour ça que nous sommes venus, rappellent Georges et Jacqueline, deux connaissances du couple rom. Nous voulions apporter notre soutien aux parents, juste cela. De la polémique, nous n’en pensons rien.» 

Difficile pourtant de faire abstraction bien longtemps des événements de ces derniers jours. Richard Trinquier, le maire de Wissous, a tenté de calmer le jeu: «Cette polémique est allée trop loin, déclare-t-il à 20 Minutes, en faisant référence au tag «Leclerc, Valls, même racisme d’état», laissé dans la nuit de dimanche à lundi nuit sur la façade de la mairie. J’ai eu Chrisitan Leclerc [le maire de Champlan] au téléphone ce lundi matin. Il est effondré et déplore l’ampleur prise par l’évènement.»

«Rappeler les valeurs de la République»

Mais dans le public venu assister aux obsèques, peu jugeaient sincère le revirement de Christian Leclerc, qui a déclaré dimanche midi n’avoir jamais refusé aux parents de Maria Francesca le droit d’enterrer leur fille au cimetière de Champlan. «Il y a tout de même eu ces propos tenus dans Le Parisien, samedi, rappelle Geneviève Inezzarène, de l’association Rom Europe 94, elle aussi venue apporter son soutien aux parents de Maria Francesca. Il parle d’un soi-disant manque de places au cimetière de Wissous et de la nécessité d’accorder la priorité aux gens qui paient leurs impôts locaux. C’est choquant.»

Plusieurs élus locaux occupaient aussi le terrain du cimetière de Wissous, «afin de rappeler les valeurs de la République, précise Jacques Picard, conseiller régional EELV d’Ile-de-France. Quand on ne les répète pas assez souvent, on arrive à des dérives comme celle de refuser l’inhumation d’un bébé de deux mois.»

«Une histoire emblématique de la diaspora rom»

Est-ce que la mobilisation durera dans le temps? Monique, Wissoussienne, en doute déjà. «Journalistes et politiques ne viennent que pour les polémiques. Mais les Roms sont toute l’année dans des conditions déplorables, en Essonne comme ailleurs.» A Champlan, «Ielena et Mannix vivent sur de la terre battue, sans électricité et avec une bâche comme toit», décrit alors Eve Desjardin, élue EELV en Essonne et fondatrice d’une association locale qui vient en aide aux familles Roms. Je connais le couple depuis quatre ans. Leur histoire résume celle de la diaspora rom en France, chassée de toute part. Ils ont vécu dans un bidonville à Massy qui a pris feu. Ils se sont réfugiés à Wissous où ils ont été expulsés en 2013.» Ils habitent désormais Champlan, où ils sont là encore menacés par une procédure d’expulsion.