Seine-et-Marne: Ils chassent le sanglier à l'arc, pour préserver la biodiversité

ENVIRONNEMENT Dans la forêt régionale du Grand Voyeux en Seine-et-Marne, des archers tentent d’éliminer quelques sangliers qui menaceraient certaines espèces d’oiseaux protégés…

Oihana Gabriel

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Grand Voyeux, le 12 décembre 2014, une association du 77 chasse au tir à l'arc le sanglier pour préserver la biodiversité.
Grand Voyeux, le 12 décembre 2014, une association du 77 chasse au tir à l'arc le sanglier pour préserver la biodiversité. — O. Gabriel / 20 Minutes

Un étang, des roseaux, de la boue… et une poignée d’hommes en tenue de camouflage, un arc sur le dos. La forêt régionale du Grand Voyeux (Seine-et-Marne) n’accueillait pas vendredi 12 décembre un tournage d’Hunger Games, ou un jeu de rôle sur le Seigneur des Anneaux, mais bien de véritables archers.

Grand Voyeux, le 12 décembre 2014, une association du 77 chasse au tir à l'arc le sanglier pour préserver la biodiversité. - O. Gabriel / 20 Minutes

Depuis le petit matin, les sept chasseurs explorent les environs de la roselière sur les traces d’un sanglier. Un coup de trompe pour réunir la troupe éparpillée. «On a vu un chaudron avec des traces d’une laie et de marcassins, explique Stéphane, qui mène la battue. On ne tue pas une femelle avec ses petits.» «Sinon il faut trouver des familles d’accueil pour les marcassins», s’amuse Jean-Pierre. Les comparses reprennent alors leur traque, à la recherche de traces dans la boue ou de bauge, l’abri des sangliers. Une recherche méticuleuse qui doit également avoir lieu ce vendredi 9 janvier 2015.

Tuer les sangliers pour maintenir l’équilibre de la biodiversité

Depuis 2007, l’Association des Chasseurs à l’Arc de Seine-et-Marne (Acasm) a noué un partenariat avec l’Agence des Espaces Verts (AEV) pour chasser le sanglier, et dans d’autres forêts protégées, le chevreuil. «Quand ils sont en surnombre, les sangliers peuvent poser des problèmes de sécurité, souligne Dominique Galup, technicien forestier de l’Agence des Espaces verts. On a retrouvé notamment un sanglier sur un parking à Noisy-le-Grand et dans un cimetière de Livry-Gargan… et parfois même ils traversent l’A4.» Mais aussi pour des raisons écologiques. Au Grand Voyeux, des espèces menacées comme le héron cendré et le butor étoilé viennent nicher. Or les sangliers risquent de détruire leur habitat et de manger leurs œufs.

Dans ce site mitoyen d'une école, où paissent des moutons, l’AEV a donc expérimenté cette chasse alternative. «On dérangerait les oiseaux, moutons et promeneurs si on venait avec chiens et carabines», résume Dominique Galup. Depuis 2007, sur ce site protégé, on ne chasse qu’à l’arc et en semaine, car il y a moins de passage. Les archers passent inaperçus. «Au début, beaucoup n’y croyaient pas, avoue Dominique Galup. Mais depuis cinq ans, le busar des roseaux se reproduit sur ce site, un des seuls d’Ile-de-France. Mission accomplie donc.»

Entre zéro et quatorze sangliers tués chaque année

 

Pourtant, les archers doivent faire preuve de précaution et de patience. S’ils viennent quatre ou cinq jours chaque année entre octobre et février, il leur arrive de repartir bredouille. «Nous avons tué entre zéro et quatorze sangliers selon les années, reprend Stéphane, fondateur de l’association Acasm. Notre but n’est pas de blesser, mais de tuer. Nous devons donc tirer à moins de 10 m car la flèche perd très vite de sa vitesse.» Et le sanglier doit être au pas, ou même immobile. «On essaie de le surprendre quand il mange, renchérit Jean-Pierre. Car ils peuvent esquiver la flèche en se baissant ou en sautant.» Avec un avantage pour les chasseurs: le sanglier ne distingue pas les couleurs. D’où les tenues fluorescentes des archers, qui peuvent ainsi se repérer au loin dans la grisaille et les roseaux. De même, leurs flèches portent des bouts colorés et parfois luminescents pour les retrouver dans la forêt. «Mais il faut jouer avec le vent car la première stratégie de défense des sangliers c’est l’odorat, précise Fred. Pour moi la chasse à l’arc, c’est une philosophie. On est au plus près de la nature, des animaux, on doit se mettre à leur place.»

«On laisse plus de chance à l’animal»

Les traqueurs tentent de rabattre les sangliers vers les autres archers dispersés. Mais un «Hallaou!», signal qu’un sanglier a été repéré, résonne au loin. Jean-Pierre s’est retrouvé à 5 m d’un sanglier. «Mais le temps que j’arme mon arc, il s’était enfui dans les roseaux. Il a été plus malin que nous…» Un dernier coup de trompe sonne la fin de la traque. «La chasse à l’arc était interdite jusqu’à 1995, explique Stéphane sur le chemin du retour. Dans l’imaginaire collectif on lie l’archer au braconnier alors qu’il ne s’embête pas avec un arc! Mais cette technique se développe: nous formons autour de 60 personnes chaque année avec l’association. C’est une vision de la chasse à la fois plus ancienne et moderne. On laisse plus de chance à l’animal.» Ce vendredi matin, marcassins, lapins et sangliers s’en sont tirés à bon compte. «C’est aussi ça la chasse, ça ne marche pas à tous les coups.»