«Quelqu'un meurt, c'est un silence qui hurle»

SANS-ABRI De ces défunts, on ne sait rien. Ou si peu. Hier soir, à l'Hôtel de Ville de Paris, l'association Les Morts de la rue a lu...

Michaël Hajdenberg

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Au cimetière de Thiais (Val-de-Marne).
Au cimetière de Thiais (Val-de-Marne). — J. CASSAGNE / 20 MINUTES

De ces défunts, on ne sait rien. Ou si peu. Hier soir, à l'Hôtel de Ville de Paris, l'association Les Morts de la rue a lu les noms de dizaines de sans-abri décédés au cours des six derniers mois. Mais le collectif va plus loin. Tout au long de l'année, ses bénévoles accompagnent jusque dans leur tombe les morts abandonnés, dont la famille et les proches n'ont pas été retrouvés ou n'ont pas voulu être présents.Ce mercredi-là, ce sont Marcel et André qui dès 8 h se retrouvent à l'hôpital Bichat, à Paris. Ils viennent récupérer le corps de Jean Yves, né en juin 1953 et mort en février 2007 à Paris. « On ne connaît rien de sa vie », regrettent à moitié les deux bénévoles, qui voient la dépouille, s'assurent du respect des procédures, puis embarquent le cercueil en direction du cimetière de Thiais (Val-de-Marne), où sont enterrés ces « oubliés », autrefois appelés « indigents ».Outré, Marcel explique : « Il y a peu, dans la Somme, un chômeur, qui n'avait pas les moyens d'enterrer son père, s'est vu proposer par la mairie une ristourne de 400 € s'il acceptait de creuser la tombe. Heureusement, c'est exceptionnel, mais souvent les familles n'ont pas les moyens d'enterrer leurs proches. » Lui, accompagne les défunts trois fois par an. « Pas plus, car il faut beaucoup de force pour le faire. Et parce qu'il ne faut pas que cela devienne banal. »L'association a convaincu les fossoyeurs de porter le costume traditionnel et le cercueil à l'épaule. « Comme pour tout enterrement », explique André. Après avoir déposé des fleurs, les deux bénévoles lisent des textes, qu'ils ont choisis dans un recueil rédigé en partie par des SDF lors d'ateliers d'écriture. « Quelqu'un meurt et c'est comme un silence qui hurle », lit Marcel. « Nous arrivons trop tard mais nous ne voulons pas que votre corps soit abandonné sans un adieu », dit André. « Assister les morts, c'est aussi un moyen d'aller vers les vivants. Et de dire à cette personne qu'elle n'est pas morte pour rien. Qu'elle aura eu pour fonction d'interpeller la société. » Après la cérémonie, les deux hommes boivent un coup au bistrot, et rédigent une fiche : « Il faisait froid, beau, nous avons déposé des primevères... » Pour qu'un jour, si un parent cherche à retrouver la trace du défunt, il sache comment il est parti.