«Exhibit B» : Il n'y a «pas d’atteinte au respect de la dignité de la personne humaine», selon la justice

POLEMIQUE La justice a débouté mardi les associations demandant la suspension du spectacle «Exhibit B» dont toutes les représentations sont maintenues selon le 104…

O.G. avec AFP

— 

Manifestation contre le spectacle Exhibit B, le 28 novembre 2014, à Saint-Denis. Lancer le diaporama
Manifestation contre le spectacle Exhibit B, le 28 novembre 2014, à Saint-Denis. — MARTIN BUREAU / AFP

La justice a débouté mardi les associations demandant la suspension du spectacle «Exhibit B», qu'elles jugeaient raciste, estimant au contraire que cette exposition «ne porte pas atteinte au respect de la dignité de la personne humaine».

Dans son ordonnance transmise par le tribunal administratif, le juge du référé-liberté a souligné que la mise en scène de Brett Bailey s'inscrivait certes, «au plan formel, dans une certaine continuité avec les "zoos humains" présentés à la fin du XIXe siècle et au tout début du XXe siècle». La direction du 104 a précisé dans un communiqué que toutes les représentations «ont été maintenues grâce aux ajouts de séances chaque jour, ainsi qu'à l'ajout du vendredi 12 décembre, initialement jour de relâche. Ces ajustements ont été faits afin de permettre l'accueil du public dans des conditions sécurisées.»

«Dénoncer, sans ambigüité, l'asservissement des populations noires»

Mais «la représentation artistique en cause a pour objet de dénoncer, sans ambigüité, l'asservissement des populations noires lors de la période coloniale ainsi que des traitements contraires au principe de respect de la dignité humaine ou aux droits de l'homme dans le monde contemporain», poursuit l'ordonnance.

Dans ces conditions «la représentation artistique Exhibit B, alors même qu'elle peut être perçue par les spectateurs ou ses détracteurs comme suscitant, du fait des spécificités de la mise en scène et des sujets abordés, une très forte émotion, ne porte pas atteinte au respect de la dignité de la personne humaine», selon le texte.

«Les représenter dans une position d'animaux»

Lors de l'audience, l'avocat des associations, Me Hosni Maati, avait assuré «ne pas être contre la liberté d'expression». «Mais des descendants d'un crime contre l'humanité sont heurtés qu'à nouveau on veuille les représenter dans une position d'animaux», avait-il affirmé. Le tribunal avait été saisi en référé par le Centre Dumas-Pouchkine des diasporas et cultures africaines, l'Alliance noire citoyenne et l'association L'Amozaïk notamment, qui demandaient la suspension de l'installation du sud-africain Brett Bailey.

Une manifestation d'opposants au spectacle Exhibit B, devant le CentQuatre, à Paris, le 7 décembre 2014. - : SEVGI/SIPA

Dénonciation de l'histoire coloniale

Exhibit B, dénonciation de l'histoire coloniale à travers douze «tableaux vivants» évoquant les «zoos humains» de la fin du XIXe siècle, doit être représenté au théâtre Centquatre, dans le 19e arrondissement de Paris, jusqu'à la fin de la semaine. Et le spectacle affiche complet.

Annulation à Londres

L'exposition a déjà suscité des manifestations la semaine dernière devant le théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis. Mais une large partie des associations anti-racistes, comme la Ligue des droits de l'Homme ou le Mrap, ont clairement pris sa défense. A Londres, l'exposition avait été annulée en septembre devant les protestations.