Des collégiens de Saint-Denis se font leur procès

PEDAGOGIE Le président du tribunal a l’autorité d’un vieux briscard, la robe d’un professionnel, mais la bouille d’un gamin...

Michaël Hajdenberg

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Le président du tribunal a l’autorité d’un vieux briscard, la robe d’un professionnel, mais la bouille d’un gamin. Samy a 14 ans. Il est élève en quatrième et avec ses camarades du collège Iqbal-Masih de Saint-Denis, classé en ZEP, il participait lundi à la reconstitution d’un procès organisé au tribunal d’instance de sa ville. « C’est à vous maître» ; « S’il vous plaît, monsieur dans la salle, enlevez votre bonnet » : le président tientd ’une main de fer l’audience de cette fausse cour d’assises, dans laquelle les élèves jouent les rôles de greffier, juré, témoins, ou encore procureur.

Un mineur est accusé, après une tentative de vol, d’avoir mis le feu à un appartement et d’avoir causé la mort d’une personne âgée. Bien sûr, il y a quelques loupés. Un témoin dit : « Je le jure de la main droite. » Un expert, questionné sur « la fréquentation de l’accusé [sic] », répond qu’il « est médiocre en travaux scientifiques ». Un témoin retient très difficilement un fou rire. Mais dans le fond, l’expérience emporte l’adhésion : « Le but est de rendre le droit intelligible alors que comme la plupart des gens, ils ne savent pas comment fonctionne la justice », explique Farid  Bounouar, correspondant Ville-Justice auprès de la mairie de Saint-Denis.

Le prof d’histoire-géo, Nakidine Mattoir, soucieux de montrer « une autre image du 93 », leur a préalablement montré 10e chambre, le film de Raymond Depardon, et fait visiter le tribunal de Bobigny. Entre lectures de leur texte et légères improvisations, les élèves s’éclatent. « Du théâtre ? demande Adama, qui joue un rôle d’assistant social. Pas du tout. C’est la justice, c’est pas de la poésie. Tu condamnes quelqu’un à aller en prison. » Même si, compréhensifs, les jurés condamneront finalement le coupable à intégrer un centre éducatif fermé.