Pollution: Pourquoi interdire les feux de cheminée?

SANTE La préfecture d’Ile-de-France a prévu d’interdire les feux à foyer ouvert à partir de janvier 2015…

Oihana Gabriel

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Illustration d'une cheminée.
Illustration d'une cheminée. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Une sanction «ridicule»? Visiblement, la ministre de l’Ecologie et le préfet d’Ile-de-France auraient bien des choses à se dire autour d’un feu de cheminée. Ce matin, Ségolène Royal s’est exprimée contre l’interdiction des feux à foyers ouverts dans la région parisienne. Retour sur les raisons de cette interdiction.

>> TEMOIGNEZ – Vous disposez d’une cheminée? Vous l’utilisez tous les ans? Ou au contraire elle ne sert que de déco? Que pensez-vous de l’interdiction d'utilisation des feux de cheminée à foyer ouvert? Expliquez-nous pourquoi dans les commentaires ci-dessous ou via contribution@20minutes.fr

La polémique

Ce mardi matin, Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie a lancé un pavé dans la mare: «Je vais faire changer cette décision qui ne va pas dans le bon sens», a déclaré la ministre sur France 2, estimant qu'avec cette disposition prise dans le cadre d'un plan contre la pollution atmosphérique, «on était un peu dans le ridicule».

Qui est concerné par l’interdiction?

A partir du 1er janvier 2015, les feux de cheminée en «foyers ouverts» doivent être interdits à Paris et dans 435 communes de la région, quasiment toutes, sur une zone rassemblant presque neuf Franciliens sur dix, en vertu d'un arrêté préfectoral pris dans le cadre d'un plan de protection de l'atmosphère. Exception tout de même: les chaudières à bois, poêles ou foyers fermés, type inserts pourront continuer de chauffer la maison en dehors de Paris. Et dans Paris intra-muros,  les installations «très performantes» et certains artisans, comme les pizzaiolos, pourraient bénéficier d'une dérogation.

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Pourquoi?

Pour limiter la pollution aux particules fines, qui selon l’OMS, augmentent le risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires et de cancers pulmonaires. «Trois millions de Franciliens respirent un air qui ne respecte pas la réglementation européenne en termes de limitations des particules fines», rappelle-t-on chez Airparif. Et l’association de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France de rappeler que la France est toujours en contentieux avec l’Europe pour non-respect des valeurs limites sur les particules PM10 dans 11 territoires régionaux, notamment l’Ile-de-France, avec de lourdes amendes à venir.

Quel impact sur la pollution?

Si la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (Driee) assure que «le chauffage au bois contribue à hauteur de 23 % aux émissions totales» de particules fines de moins de 10 microns en Ile-de-France, «soit autant que l’échappement des véhicules routiers», d’autres études, relayées notamment par Que Choisir nuancent ce chiffre. «Il faut bien différencier deux choses», tempère une experte d’Airparif. «Entre 20 et 30% des particules fines, selon le type de particules, proviennent du chauffage au bois en Ile-de-France. En revanche, il représente 7 à 8% des particules que l’on respire. La différence entre ces deux données s’explique par des réactions chimiques, la météo et l’apport de particules d’autres régions ou pays.» Mais aussi par la situation des bornes de mesure de la pollution. A proximité d’un axe routier, les particules fines sont produites localement à près de 60 %, avec une contribution importante et stable du trafic routier (44 %), le chauffage au bois de façon secondaire. Loin du trafic, les particules proviennent à près de 70 % d’import de pollution en provenance d’autres régions françaises, voire européennes. Parmi les 30 % restant, la part du trafic et du chauffage au bois est similaire.

Est-ce que ça suffit?

Limiter de 10% le taux de particules fines dans nos poumons rime avec amélioration de l’air, mais la mesure seule sera insuffisante pour que l’Ile-de-France rentre dans les normes européennes. «Les niveaux de cette pollution sont tels que le seul moyen de faire baisser le taux de particules fines est d’agir sur plusieurs sources», rappelle-t-on chez Airparif. Ce dispositif sera complété par d’autres mesures, notamment l’interdiction des véhicules diesel d’ici 2020 à Paris. D’autre part, les particules fines ne s’arrêtent pas aux frontières: une interdiction nationale voire européenne serait donc plus efficace.