«Cette mesure, ce n'est pas de l'assistanat»

INTERVIEW Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, président du Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France)

Recueilli par Mickaël Bosredon

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Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France.
Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France. — S. POUZET / 20 MINUTES

Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France, président du Stif (Syndicat des transports d’Ile-de-France).

Votre mesure de gratuité des transports pour les RMistes est très critiquée. Plusieurs personnes, dont Martin Hirsch, s’inquiètent du côté «contre-productif» d’un tel système, qui peut rendre difficile le retour à l’emploi. Qu’en pensez-vous ?

Je suis très choqué. C'est blessant pour toutes les personnes précaires et les RMistes en particulier. Les propos de Martin Hirsch montrent qu'il ne saisit pas la réalité de la région. En Ile-de-France, les déplacements sont essentiels, et ils se font avant tout en transports en commun. Quand vous touchez un RMI à 433 € il est difficile de se payer une Carte orange à 142 € [pour une carte zones 1 à 8]. Cette mesure, ce n'est pas de l'assistanat, mais bien une mesure d'aide au retour à l'emploi.

Mais pour un salarié qui perçoit le smic (1 254,28 € brut), la charge financière des transports est tout aussi pénible. Ne risque-t-il pas de vivre cette mesure comme une injustice ?

Entre une personne qui gagne le smic, et une qui perçoit le RMI, la situation financière n'est quand même pas tout à fait la même. Et je rappelle que pour les salariés, le prix de la Carte orange est pris en charge à 50 % par les entreprises. Ce que les salariés modestes pourraient vivre comme une injustice, c'est que certains restent inactifs, ne fassent aucun effort pour retrouver du travail. Ce n'est pas le cas des gens que nous aidons. Mais j'ai été élu pour m'occuper de tous les Franciliens, et c'est ce que je fais, notamment en supprimant les zones 7 et 8 de la Carte orange à compter du 1er juillet prochain. Je rappelle aussi que depuis que j'ai été élu président du Stif, j'ai décidé de ne pas augmenter le prix de la carte au-delà de l'inflation, alors que le gouvernement actuel lui avait fait prendre 18 % en trois ans.

La grande injustice des transports en Ile-de-France, c’est que plus on habite loin de Paris, plus on paie cher. La suppression des zones 7 et 8 est une première étape, mais elle ne va concerner que 1 % des abonnés à la Carte orange. Une véritable amélioration serait de modifier complètement ce système, non ?

La grande injustice en Ile-de-France, c'est qu'il existe des zones très défavorisées, et d'autres très favorisées. La manière de remédier au problème que vous soulevez ne passe pas uniquement par un changement de la tarification, mais aussi par l'amélioration des transports, par la création de rocades et de tangentielles pour renforcer les liaisons de banlieue à banlieue...

Entre le projet de prolongement du tramway à Paris, l’amélioration de la ligne 13, Métrophérique (métro en rocade autour de Paris), il y a une certaine confusion en ce moment dans les projets pour l’Ile-de-France. Ne va-t-il pas falloir hiérarchiser tout cela ?

Mais c'est ce que nous faisons. Le Stif s'est fixé deux priorités: l'amélioration de l'offre en grande couronne, et l'amélioration du matériel roulant, pour laquelle nous avons engagé plus de deux milliards d'euros avec la SNCF. Nous ne pourrons pas réaliser ça, et faire en plus des nouveaux programmes nouveaux – qui plus est quand ils sont pilotés par la RATP – autres que ceux déja engagés.

Vous faites référence au projet Métrophérique, présenté par le président de la RATP en septembre dernier. Cela veut-il dire que ce projet est enterré ?

Ce n'est pas le projet de la RATP que nous retiendrons, en effet. Parce que nous n'avons pas besoin d'un métro qui fasse entièrement le tour de Paris. En revanche le Stif, c'est-à-dire les élus, va lancer des études pour une rocade intitulée Arc Express, desservant la proche banlieue par portions seulement. Reste à savoir si elle doit se situer juste derrière le périphérique, ou 7-8 kilomètres plus loin. Les acquisitions foncières et les tout premiers travaux ne commenceraient pas avant 2013.

Comment financer tout cela ?

Un grand emprunt sera lancé en 2008 par le Stif. Mais il va falloir trouver de nouvelles ressources, c'est évident : du côté des entreprises, en tentant de récupérer le fonds d'aménagement d'Ile-de-France confisqué par l'Etat, ou en refondant la fiscalité locale.