Paris: La Jeune Rue a du mal à trouver son chemin dans le 3e

URBANISME Le faramineux projet de Cédric Naudon d’ouvrir une trentaine de commerces de proximité «beaux et bons» s’avère plus douteux que prévu…

Oihana Gabriel

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Paris, le 2 décembre 2014, le restaurant coréen a ouvert ces dernières semaines, prémice de la Jeune Rue de Cédric Naudon.
Paris, le 2 décembre 2014, le restaurant coréen a ouvert ces dernières semaines, prémice de la Jeune Rue de Cédric Naudon. — O. Gabriel / 20 Minutes

«On se demande ce qui se passe», avoue Sonia, propriétaire de Blend Colors, atelier de maquillage rue Vertbois dans le 3e arrondissement de Paris. Un quartier sous les projecteurs depuis la présentation il y a presque un an de l’ambitieux projet de Cédric Naudon baptisé la Jeune Rue. En tout 37 adresses, commerces de bouche, restaurants, tous estampillés vertueux avec des produits en direct de la ferme. Mais l’homme d’affaires, assez mystérieux, a plus de mal que prévu à accoucher de ce projet. Loin de la trentaine de boutiques qui devaient ouvrir en juillet, seulement deux restaurants, l’un coréen, l’autre argentin, mettent un peu vie dans la rue Vertbois où il y a surtout, pour l'instant, des vitrines baissées.

Un fournisseur pas payé pendant trois mois

«Depuis la mi-septembre on entend aucun marteau-piqueur dans les rues concernées par le projet», confie une source proche du projet. Qui accumule les embûches. Au point que les enquêtes du Monde et du Parisien Magazine mettent en cause sa viabilité. Mi novembre, la Banque publique d’investissement (BPI), qui devait prendre part à l’aventure, a annoncé qu’elle ne ferait pas partie des investisseurs. Un ancien prestataire, en procès avec la Jeune Rue, confie à 20 Minutes «avoir quitté le bateau après avoir reçu trois chèques en bois de la Jeune Rue. Et on est beaucoup dans ce cas.» Entre le turn-over des salariés, les designers et fournisseurs non payés, les travaux sans fin, le retrait de la BPI, l’avenir de la Jeune Rue semble bel et bien s’obscurcir. Le maire du 3e arrondissement, Pierre Aidenbaum (PS), se dit «un peu inquiet et interrogatif car les travaux n'avancent pas vite».

«Aucun des 37 projets n’est abandonné»

Mais La Jeune Rue ne baisse pas les bras: «aucun des 37 projets n’est abandonné. Il y a eu de légers retards sur le paiement des fournisseurs, mais c’est en train de se régler. On assume le retard. On va travailler différemment et pas faire tout en même temps», nous confirme un salarié de la société Jeune Rue. La boucherie, la pâtisserie, le bar à huîtres et la fromagerie devraient ouvrir au premier trimestre 2015. «On nous a enfermé dans le 3e arrondissement mais la Jeune Rue n’est pas un projet immobilier, mais un mouvement qui défend le circuit court.»

Dans sa boutique colorée, Sonia guette l’avancée des travaux de son voisin, un boucher qui devrait ouvrir en janvier. «C’est anormalement long mais je reste positive, je pense que ça va voir le jour. Peut-être pas les 37 boutiques, mais une partie. Cédric Naudon joue sa réputation... jusqu’aux Etats-Unis. Des touristes américains viennent me demander où se trouver la Jeune Rue! Mais il a donné un délai trop court pensant qu’en France c’était comme aux Etats-Unis…» Pour un galeriste d’une rue voisine, Cédric Naudon «a vu trop grand, trop vite. Pourquoi avoir communiqué alors que rien n’était signé? Ouvrir un restaurant à Paris c’est compliqué, alors trente…»

Des riverains agacés par le manque de communication

Si les commerçants attendent avec impatience les enseignes, les habitants semblent encore plus dubitatifs. Pour Benoît Doremus, restaurateur de La Bonne Cécile, «le délai ne me surprend pas. Ce qui me choque, c’est le manque de communication et de clarté. Ils ont envie de savoir combien ils vont acheter leur baguette.» Et certains craignent de voir loyers et menus flamber. Martin Curtis, une Américaine qui gère un centre de pilates, résume: «La rue risque de passer de monochrome grossistes à monochrome galeristes. Et les galeries ne pourront pas rester si le quartier devient trop bobo. Il faut faire attention à ce que Paris ne devienne pas comme San Francisco, où seuls les riches peuvent se loger.» Des crispations qui pourraient expliquer les délais des travaux. Et un commerçant d’ironiser: «A chaque fois que Cédric Naudon veut bouger un mur, les voisins expliquent qu’il est porteur ou qu’une porte est classée…»

Rectificatif.

Dans cet article, il est fait mention d'un responsable des travaux qui «attend toujours les 500.000 euros que lui doit la société». Ce dernier tient à préciser qu'il n'a jamais été contacté par 20 Minutes et conteste le chiffre publié.