Cadenas d’amour: «Cette fois-ci, c’est la fin» disent les vendeurs à la sauvette

PONT DES ARTS Au pont des Arts, les planches en bois pour empêcher la pose de cadenas et les passages de plus en plus fréquent des policiers ne laissent guère de doute aux vendeurs à la sauvette…

Fabrice Pouliquen

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Les vendeurs à la sauvette du pont des Arts ont vu leurs ventes dégringoler au rythme de l'’installation des vitres et des planches en bois le long du pont empêchant la pose de  nouveaux cadenas.
Les vendeurs à la sauvette du pont des Arts ont vu leurs ventes dégringoler au rythme de l'’installation des vitres et des planches en bois le long du pont empêchant la pose de nouveaux cadenas. — F. Pouliquen / 20 Minutes

«Dans deux mois, c’est fini», estime Marcel*. S’il le dit avec le sourire, le cœur, lui, n’y est plus. Ce jeune Africain était l’un des cinq vendeurs à la sauvette sur le pont des Arts, mercredi dernier, à attendre le touriste des cadenas plein les pieds.

En deux mois, Marcel a vu ses ventes dégringoler au rythme de l’installation des vitres et des planches en bois le long du pont empêchant la pose de nouveaux cadenas. C’est que la mairie est en guerre depuis cet été contre ces «love locks» qu’accrochent les amoureux aux rambardes des ponts parisiens menaçant à force de les faire tomber.

«J’en ai vendu pour moins de dix euros aujourd’hui»

«Celle-là a été installée ce matin et va me faire très mal », indique-t-il en pointant de la tête une planche en bois encore préservée des graffitis juste en face de son stand improvisé. J’en ai vendu pour moins de 10 euros aujourd’hui. J’en vendais deux voire trois fois plus au début.» Même constat pour Nakom, autre vendeur à la sauvette, stationné à quelques mètres de là. «Il n’y a pas que les rambardes qui nous tracassent. Les policiers aussi viennent de plus en plus fréquemment. Jusqu’à trois voir cinq fois par jour.» Lui aussi prédit la fin des love locks au début de l’année prochaine.

La Ville, elle, se garde bien d’annoncer une date. «Nous avons installé trois panneaux vitrés sur le pont des Arts et trois autres sur le pont de l’Archevêché en guise d’expérimentation, indique-t-on à la mairie. Les panneaux en bois, eux, sont installés lorsqu’on constate que le grillage menace de s’effondrer sous le poids des cadenas.» Ponts des Arts, il ne reste plus qu’un tiers des rambardes où accrocher ses cadenas.

«Si la ville avait voulu faire plaisir aux touristes…»

Faut-il s’en réjouir? La question divise les bouquinistes des quais et les gérants de boutiques de souvenirs alentour. «C’était de toute façon un phénomène récent, qui remonte à cinq ans à peine et  la vente des cadenas n’a jamais pesé bien lourd dans notre chiffre d’affaires, rappelle le gérant de la boutique Top Souvenirs. «Si la ville avait vraiment voulu faire plaisir aux touristes, elle aurait laissé faire en changeant les rambardes tous les mois pour parer aux  problèmes de sécurité», estime pour sa part Richard Bouhris, gérant de la boutique Mazal, rue Rivoli.

Car, au final, ces cadenas d’amour assuraient une belle notoriété au pont des Arts jusqu’à lui permettre d’etre mentionner dans les guides de Paris. «Le pont des Arts rentrera dans le rang et il y aura beaucoup moins de monde, regrette Slimane, lui aussi vendeur à la sauvette mais spécialisé dans les tours Eiffel. Comme au début des années 2000 lorsque j’avais déjà travaillé une première fois sur le pont. Les affaires étaient alors moins florissantes.»

«En cinq mois, je n’avais trouvé rien d’autres que les cadenas»

«C’est ainsi», lâche un Marcel fataliste et qui se voit déjà retourner à la vente de tours Eiffel bientôt. «Devant le Louvre sans doute». Car sortir de la vente à la sauvette n’est pas si aisé. Même pour Nakom qui a «les papiers pour séjourner en France». «J’ai cherché beaucoup de travail mais, en cinq mois, je n’ai trouvé que la vente de cadenas comme petit boulot. On n’y a jamais gagné beaucoup mais ça permettait au moins de se nourrir.» 

*A sa demande, le prénom a été changé.