Paris: Dernière chance pour le passe Navigo unique

TRANSPORT L'Assemblé se penche cette semaine sur la hausse du versement transport, principale solution pour financer cette promesses électorale de la majorité PS-EELV à la région. Mais est-ce toujours la priorité?...

Fabrice Pouliquen

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Illustration d'un passe Navigo.
Illustration d'un passe Navigo. — VALINCO/SIPA

Les prochains jours s'annoncent cruciaux pour le passe Navigo à tarif unique. Le sort de cette promesse électorale de la majorité PS-EELV (Europe Ecologie Les Verts) lors des élections régionales de mars 2010 est entre les mains de l'Assemblée nationale qui, à compter de jeudi, se penchera sur l'inscription ou non de la hausse du versement transport dans la loi de finance rectificative 2014.

«Dernière chance pour obtenir la hausse du versement transport»

Dit ainsi, cela paraît compliqué. Pour faire simple, le passe Navigo à tarif unique supprimerait les zones tarifaires en Île-de-France pour aligner tous les Franciliens sur le tarif de 70 euros, soit le prix appliqué en zone 1 et 2, les moins chères. La hausse du versement transport serait la principale solution pour trouver les 500 millions (entre 300 et 350 millions estiment plutôt les Verts) nécessaires à l'application de cette mesure toute l'année.

«Cette hausse a déjà été rejetée par le gouvernement dans le cadre de la loi de finance 2015, déplore Pierre Serne (EELV), vice-président en charge des transports et des mobilités au conseil régional d'Île-de-France. L'inscrire dans la loi de finance rectificative est notre dernière chance d'obtenir cette hausse et trouver ainsi les fonds pour mettre en place ce tarif unique avant les prochaines élections régionales, fin 2015.»

«Pas une priorité» pour la Fnaut

Pierre Serne ne se dit pas très confiant. Et ce n'est pas du côté de la section Île-de-France de la Fnaut (Fédération nationale des associations des usagers de transports) qu'il trouvera du soutien. Jeudi soir, l'association a clairement mis en doute l'utilité du projet. «Le dézonage est déjà en vigueur 170 jours dans l'année (les week-ends et les vacances scolaires, ndlr) et c'est une bonne chose, explique Marc Pélissier, président de la section. Mais l'étendre au reste de l'année, ce qui coûterait beaucoup plus cher, n'est pas pour nous une priorité dans le contexte actuel.»

Pour la Fnaut, il convient d'abord de régler les problèmes de saturation, de vétusté, les retards, les manques de trains et de liaisons de banlieue à banlieue. «Si nos élus arrivent à dégager plusieurs centaines de millions d'euros pour les transports, c'est très bien, reprend Marc Pélissier. Mais autant les consacrer aux vraies priorités.»

L'association pointe également la politique tarifaire qui serait à repenser. «Il y a de trop forte disproportion dans les tarifs appliqués entre les abonnés et non-abonnés, regrette Daniel Faure, secrétaire adjoint de la Fnaut Île-de-France. Les premiers ont bénéficié des efforts faits ces dernières années pour réduire le prix du voyage. Les seconds ont été complètement oubliés. Un aller-retour Paris-Montereau coûtera par exemple 19,90€ à un non-abonné contre moins de 3€ pour un abonné*.»

«Le Passe Unique ne met pas en péril la modernisation du réseau»

Mais ces arguments ne tiennent pas pour Pierre Serne. «La Fnaut mélange les budgets fonctionnement et investissement, regrette le conseiller régional. Le Passe Navigo à tarif unique dépend du budget de fonctionnement et ne met pas en péril les investissements prévus pour les travaux sur les lignes. Le conseil régional vient d'ailleurs d'attribués 546 millions d'euros à la modernisation du réseau, grâce notamment à la convention de financement de la Société du Grand Paris. Cela nous permet de sécuriser les investissements de projets dont parle justement la Fnaut.» La phase 2 de la tangentielle nord par exemple ou encore Eole à l'ouest.

*calcul fait sur la base d'un abonné qui bénéficierait d'un remboursement entreprise et qui serait amené à faire 22 fois par mois ce trajet