Paris: La carte de l’éducation prioritaire se cherche

EDUCATION Alors que dans une première mouture le Réseau Education Prioritaire supprimait 41 écoles parisiennes, le rectorat a entamé un dialogue avec les syndicats pour redéfinir cette carte…

Oihana Gabriel
— 
Paris, le 20 novembre 2014, parents et enseignants se sont mobilisés devant le rectorat pour que les 41 établissements parisiens ne sortent pas du Réseaux d'2ducation prioritaire.
Paris, le 20 novembre 2014, parents et enseignants se sont mobilisés devant le rectorat pour que les 41 établissements parisiens ne sortent pas du Réseaux d'2ducation prioritaire. — O. Gabriel / 20 Minutes

«Tout le monde a bien travaillé et c’est la punition…», regrette Benoît Avignon, représentant des parents d’élève de l’école Jenner (13e). Ce jeudi matin, une centaine de parents d’élèves et d’enseignants manifestaient devant le Rectorat de Paris (20e) pour que leurs établissements restent dans le réseau d’éducation prioritaire (REP), successeur des ZEP.

Des conditions de travail plus favorables

Dans le projet initial, 41 écoles de la capitale devaient sortir de cette carte. Perdant ainsi des moyens (une prime de 92 euros par mois pour les enseignants) et des conditions de travail plus favorables: des classes à 25 élèves, un soutien pour les enfants en difficulté et plus de classes de découverte. Depuis quelques jours, de plus en plus de quartiers parisiens s’élèvent contre cette nouvelle carte. Jeudi, le ton était au dialogue puisque des délégations étaient reçues par le rectorat. Les parents mobilisés reprochent à ce dernier d’avoir défini cette géographie prioritaire sans prendre en compte le terrain. «Au lieu de regarder les populations locales, ils se basent sur les collèges classés prioritaires, reprend Benoît Avignon. Cette école avait une très mauvaise réputation il y a quelques années et ça commerçait à aller mieux. Si on perd ces moyens, des parents vont mettre leurs enfants dans le privé par exemple et on va perdre en mixité. Nos enfants, c’est l’avenir, si on ne met pas les moyens dans l’école…»

>> La ministre de l'Education annonce des moyens supplémentaires pour les 93

«Le papier, c’est une chose, le terrain une autre»

Vers midi, des délégués syndicaux sortent de la réunion pour annoncer les évolutions de cette carte. Selon les propositions du directeur académique, une dizaine d’écoles primaires sont réintégrées dans le REP (voir encadré). Le sort de sept d’entre elles restent en point d’interrogation. Et pour certaines, le rectorat propose un contrat académique pour sécuriser des moyens supplémentaires pendant quatre ans. Les manifestants accueillent avec des cris de joie ces nouvelles. Anne, déléguée de parents d’élève de l’école Belliard (18e) voit cette victoire comme une évidence: «La décision de sortir notre école du réseau était incohérente: la maternelle d’où viennent les enfants et le collège restaient classés en REP! Le papier, c’est une chose, le terrain une autre. Avoir la priorité pour les classes de nature, c’est primordial pour des enfants qui souvent ne sortent jamais de leur quartier.» 

«D’autant qu’on a appris lundi dernier que l’école sortait du REP, c’est sorti du chapeau d’un seul coup», renchérit Catherine, mère d’un élève de CE1. Avoir 30 élèves dans une classe revient à faire de la discipline au lieu d’enseigner.» Mais ces quelques avancées n’en sont qu’au stade de propositions. Ces parents comptaient rester mobilisés, notamment en bloquant à nouveau certaines écoles ce vendredi. Et en organisant une marche nocturne vendredi 28 novembre. Et d’autres poursuivent la lutte pour que leur école réintègre le REP. L’école Vertus (3e) n’a pas eu gain de cause. «Et pourtant, j’ai dix enfants d’origine étrangère dans ma classe de CE1, souligne Viviane, enseignante. Tous ne sont pas en difficulté, mais en réalité je gère un double niveau. C’est vrai que le quartier change, accueillant plus de bobos qu’avant. Mais nous demandons à avoir encore le label prioritaire pour deux ou trois ans.»

Quant à évoquer les problèmes de budget du ministère le mieux doté, Anne tranche, soutenue par d'autres parents: «Faire des économies sur le dos de l'éducation de nos enfants, c'est un mauvais calcul.»

>> A Bordeaux, Abd-Al-Malik soutient les professeurs mobilisés

La carte dévoilée par le recteur vendredi

Au sortir des négociations, en fin d'après-midi, les syndicalistes se montrent méfiants. «La carte des écoles du REP sera dévoilée ce vendredi par le recteur, explique Jérôme Lambert, du syndicat SNUipp-FSU. On a été entendu: ce sont les besoins des écoles qui dictent l'appartenance à l'éducation prioritaire et non le collège. Et nous sommes passés de 41 écoles qui sortaient du dispositif à 24. Mais la liste peut encore changer. On devrait encore faire baisser ce chiffre, mais on sait que toutes les écoles ne seront pas prises en compte. Nous restons donc mobilisés pour ces écoles qui ont besoin d'être réintégrées dans le réseau.»

La nouvelle carte des REP en redéfinition

Selon nos informations, le rectorat a proposé de revenir sur certaines décisions concernant les établissements parisiens qui quitteraient le réseau d’éducation prioritaire. Avec encore quelques ajustements à confirmer et interrogations. Concernant la carte des collèges, le collège Budé (19e) réintégrera le réseau mais Lucie Faure (20e) devra le quitter. Pour les écoles primaires, celles qui devraient être réintégrées sont Bellefond et Aqueduc (10e), Parmentier (11e), 35-40 rue des rentiers (13e), Alain Fournier (14e), Porte de Brancion (14e), Epinettes (17e), Béliard et Clignancourt (18e), Planchat (20e). Pour les écoles Jenner (13e) et Voisin (15e), elles bénéficieraient de moyens supplémentaires via une convention académique sans réintégrer le réseau.